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[Octrois] [Poste] [Travaux publics] [Marne et canaux] [Pêche fluviale] [Chemin de fer]
[Service des Mines] [Surveillance du travail] [Peste bovine] [Epidémies]

 

SITUATION GENERALE DU DEPARTEMENT DE SEINE ET MARNE EN 1872

M. le Préfet de Seine et Marne au Conseil Général de Seine et Marne.
Session ordinaire d'Août 1872. Présidence de M. Benoist, doyen d'âge.
Était présent ; Émile Justin Menier, Maire de Noisiel.

 

 

Instruction primaire

Le développement de l'instruction à tous ses degrés et la régénération morale par l'éducation ont toujours été l'objet de votre sollicitude. Après vos délibérations répétées en faveur de l'instruction obligatoire et gratuite, et les discussions si complètes qui les ont précédées, je manquerai à tous mes devoirs si je ne vous faisais pas des propositions budgétaires qui soient conformes et qui leur donne une consécration pratique. Pour que l'instruction soit obligatoire, il faut que nul ne puisse exciper (prétexter une excuse) du défaut d'établissement public où il puisse envoyer ses enfants ; et pour qu'elle soit gratuite, il faut que vous veniez en aide dans une large mesure aux communes ; en un mot, que vous l'a payée pour partie. Je voudrais coordonner les faits qui me paraissent de nature à vous faire apprécier les résultats mais aussi les lacunes de ce vaste système d'instruction qu'il s'agit de réformer et d'agrandir encore. Les bourses, instituées en faveur de l'instruction publique et payées sur les fonds départementaux, ont un but commun qui en consacrent le principe et doit en faire d'autant plus surveiller l'emploi. Ce but si noble et si élevé, c'est d'encourager l'enseignement en venant au secours de la misère ou même des fortunes peu aisées. La loi du 10 août 1871 en vous conférant des pouvoirs plus étendus, vous a fait un devoir plus strict de surveiller à la dispensation de vos libéralités. C'est une partie de la fortune départementale que vous consacrez à cette oeuvre de bienfaisance et de progrès. Le département devient ici une véritable personne civile, une personne morale qui consacre une partie de son patrimoine à des fondations. Il est bien évident qu'entre ces deux emplois de vos ressources : fonder des bourses d'étude dans une école ou fonder des lits d'hopitaux, le but seul est différent ; mais l'acte de libéralité est le même et doit entraîner des conséquences identiques. Il semble donc que, par l'institution de ces bourses qui sont vos créations, votre oeuvre, vous acquériez un droit sur l'enseignement et sinon une part dans l'administration de l'instruction publique, au moins un droit de contrôle inconstestable ; on pourrait s'étonner même qu'il ne soit pas plus entier, plus développé. Il est très juste, sans aucun doute, d'encourager les fondations faites par des particuliers ou des associations mais on ne saurait oublier que, de toutes les associations, la première et la plus vitale, c'est la commune et que le département est, je le répète, une véritable personne civile, capable d'acquérir, de posséder, de léguer et de fonder. Toutefois dans la pratique, il faut bien reconnaître qu'il en est à peu près ainsi, et l'on peut dire que les fonds que vous affectez chaque année à cet objet, vous n'en avez point l'administration directe et efficace. Vous votez chaque année, il est vrai, un budget de l'instruction primaire, mais vous n'êtes point associé peut-être assez intimement à la dispensation du savoir que représente ce budget. Cet état de choses retarde certainement les progrès de l'instruction primaire en France. Si nous nous inspirons de ces principes, vous demanderez avec moi que la législation les confirme et que le département en tant que fondateur des bourses qu'il institue soit reconnu au même droit que tout fondateur. En un mot, vous demanderez que votre volonté, comme département, soit aussi consacré aux yeux de la loi. Mais alors vous voudrez aussi, par le développement même que vous donnerez à ce genre d'institution, opérer une réforme utile et une décentralisation réelle de l'enseignement. On trouverait sans doute les éléments d'une telle influence dans le développement du budget de l'instruction primaire, en vertu de ce principe que celui qui paie la dépense doit aussi la contrôler. Ce budget est assurément bien modeste, si l'on compare ses ressources aux besoins de l'enseignement. Comme il n'a pas été créé de ressources extraordinaires jusqu'à ce jour, force a été de continuer à pourvoir aux dépenses extraordinaires au moyen d'un prélèvement fait sur les "centimes ordinaires", ou à l'excédent de ces centimes et des produits éventuels, c'est-à-dire à des recettes insuffisantes enlevées à d'autres services ordinaires du budget. Les inconvénients de ce système ne saurait échapper à votre compétence. Ces produits éventuels de l'instruction primaire s'obtiennent au moyen d'un prélèvement sur les centimes départementaux ordinaires qui sont ainsi détournés de leur emploi. Il sera indispensable de créer des ressources. Un regard jeté sur le budget de l'instruction primaire suffit pour s'en convaincre : constructions, réparations de maisons d'école et écoles de filles ; secours aux institutrices ; entretien et établissement de salles d'asiles, cours d'adultes ; achats de livres, secours aux anciens instituteurs. N'est-il pas de toute évidence qu'en développant ces éléments vous arriverez à constituer un budget extraordinaire de l'instruction primaire un peu plus en rapport avec la grandeur de la tâche à accomplir. En attendant qu'il vous soit loisible de doter ce budget de son premier centime, je me bornerai à appliquer la distinction, indiquée par la loi, de budget ordinaire et budget extraordinaire de l'instruction publique, et, pour 1873, à ce budget extraordinaire, j'inscrirai : Néant.

Octrois

Bien que le service des Octrois n'ait pas été suspendu pendant la guerre, les produits ont subi une perte sensible en raison de l'inactivité du commerce et du départ d'une partie de la population. La comparaison faite des produits de 1872 avec ceux de 1869 est généralement à l'avantage de l'année courante et semble démontrer que les affaires prennent un nouveau développement.

Poste

L'année 1872 verra la réalisation de différentes améliorations dûes à l'initiative de l'Administration des Télégraphes ou réaliser avec son concours. Un fil spécial, posé récemment entre le bureau de Provins et la gare de Longueville, fournit un écoulement plus rapide aux dépêches des localités de cette région. La pose d'un fil qui reliera Provins à Nogent sur Seine est commencée. Il ne faut pas omettre de mentionner la construction en cours d'exécution de lignes reliant la sucrerie deVillenoy et ses râperies. Cette installation, bien qu'elle s'effectue par les soins des agents de l'état, ait dû à l'initiative privée et, à ce point de vue, elle est particulièrement intéressante.

Travaux publics

Malgré la perturbation profonde que les cruels évènements de 1870 et 1871 ont apporté dans les diverses parties du service des Travaux Publics, malgré les dégâts nombreux et importants causés par la guerre aux lignes ferrées, aux voies fluviales, aux routes, aux chemins, la situation de nos communications est généralement bonne. Les ouvrages d'art, détruits dans l'intérêt de la défense du pays et qui avaient été réparés provisoirement, sont maintenant définitivement rétablis ou en cours de construction. L'établissement de la navigation continue sur la Seine entre Paris et Montereau a complètement réussi. Et l'on peut voir dans la traversée de Melun à la fois des bateaux à vapeur, des toueurs sur chaîne noyée, des remorqueurs libres soit à aube, soit à hélice. Ces moyens de traction perfectionnés n'empêchent pas certaines embarcations de descendre au fil de l'eau ou d'être halées par des chevaux et même par des hommes. Les trains de bois deviennent moins nombreux.

Marne et canaux

Le tirant d'eau de la Marne et des canaux qui en dépendent est uniformément de 1,60 m. Bien que dans le département la voie navigable offre actuellement partout la largeur et la profondeur prévues lors de la rédaction des projets de canalisation, on ne peut méconnaître que la Marne avec son tirant d'eau 1,60 m reste encore dans un certain état d'infériorité vis-à-vis des canaux du Nord et de la Seine où les bateaux peuvent circuler avec un enfoncement de 2 m. Cet état d'infériorité si préjudiciable au commerce et à l'industrie doit disparaitre.

Pêche fluviale

Sauf de rares exceptions, les fermiers de la pêche de nos rivières ont été privées de leur droit pendant une partie de l'année et ils ont obtenu un remise proportionnelle de leur fermage. La surveillance de la pêche qui avait été forcément négligée s'exerce maintenant avec soin et les délits tendent à diminuer. Conformément à votre avis, j'ai maintenu du 15 avril au 15 juin l'interdiction de la pêche de toute espèce de poisson dans tous les cours d'eau du département.

Chemin de fer

Les lignes du réseau de Paris à Lyon et à la Méditerranée, qui traversent le département, sont en bon état d'entretien. L'un des principaux travaux exécutés ou en cours d'exécution consiste à substituer les rails en acier aux rails en fer. Plusieurs des ouvrages d'art détruits pour la défense ont été remplacés par des constructions provisoires. L'exploitation du chemin de fer du Nord a subi en 1871 toutes les difficultés créées d'abord par la guerre, l'occupation allemande et l'insurrection de Paris ; plus tard, par celles qu'a causé l'accroissement excessif du trafic. Principal fait à signaler : le rétablissement du pont de l'Abîme près de Mitry que l'on avait fait sauter à l'époque de la guerre et qui a été de nouveau livré à la circulation en Octobre dernier.

Service des Mines

Le nombre des carrières souterraines exploitées dans le département du 01er juin 1871 au 01er juin 1872 est de 120. Elles occupent environ 520 ouvriers dont 307 à l'extérieur et 213 à l'intérieur. Il est survenu pendant le même temps 10 accidents dans l'ensemble des exploitations. Sur ces 10 accidents, 4 sont le résultat d'imprudence de la part des victimes et 6 proviennent de la mauvaise direction des travaux. La production des tourbières des vallées de l'Ourcq et de la Voulzie pendant l'année 1871 a été de 4 000 quintaux.

Surveillance du travail

La surveillance du travail des enfants employés dans les manufactures s'est exercée sur 20 établissements occupant 2 747 ouvriers, 206 enfants au dessus de 12 ans et 46 enfants en dessous de 12 ans. Deux procès-verbaux de contravention ont été dressés, l'un contre un fabricant de briques qui fait travailler des enfants au dessous de12 ans pendant plus de 14 heures effectives, l'autre contre un fabricant de pipes chez lequel des enfants au dessous de 12 ans travaillent plus de 8 heures sur 24.

Peste bovine

Aucun cas de typhus n'a été signalé dans notre département depuis le mois de février 1872. La situation alors étant moins favorable dans les départements voisins, les mesures les plus énergiques ont dû être prises pour préserver nos étables d'une nouvelle invasion du terrible fléau. Ce n'est même que le 25 avril 1872 qu'il a été possible d'autoriser la réouverture des foires et marchés dont l'interdit avait été prononcé par arrêté du 11 septembre 1871 ; encore cette mesure n'a-t-elle été prise que parce qu'elle était indispensable au repeuplement des étables et qu'on avait soin d'exiger la stricte exécution de formalités très sévères pour l'importation et la vente des bestiaux. Grâce à ces précautions, la situation n'inspire plus aucune crainte dans la Seine et Marne.

Epidémies

J'ai l'honneur de mettre sous vos yeux l'état statistique des épidémies constatées dans le département en 1871. La variole et la dyssenterie ont sévi avec une assez grande intensité, quelques cas de fièvre typhoïde seulement ont été signalés. Sur 4 500 personnes atteintes, 700 ont succombé. L'allocation de 1 500 Francs que vous avez votée l'année dernière a permis, pendant le cours de ces épidémies, de soulager un certain nombre de malades indigents en leur distribuant des secours, en leur faisant donner des soins.

Saga Menier