
1817
Le Moulin de Noisiel-sur Marne faisait
partie du domaine de la couronne sous Louis VI ; à cette époque,
il avait déjà plusieurs siècles d'existences, et n'avait
jamais servi qu'à la mouture du blè.

1830
Jean-Antoine Brutus pratiqua quelques
transformations à son moulin, un élargissement de sa base et
la création d'un étage. La priorité érait donnée
à la force motrice de son industrie nouvelle des poudres impalpables
et autres produits pharmaceutiques, puis à la fabrication du chocolat.
En philanthrope qu'il était, il conçut l'heureuse pensée
de mettre cet aliment de luxe à la portée de la classe ouvrière,
il y parvint par l'économie réalisée dans la main-d'oeuvre.
La confiance que son honorabilité avait imprimée à ses
produits répandit promptement la vente de son chocolat.

1842
En 1842, l'usine ne suffisant plus aux
besoins de la fabrication, et d'autre part, la solidité du bâtiment
présentant des craintes sérieuses, M. Menier le fit réédifier
par M.Dutreuil entrepreneur à Chelles.Les mécanismes furent
confiés à M. Antic, mécanicien et fondeur à
Paris.
1852
En 1852
l'édification du moulin est confiée à Jules Bonneau.
Il sera équipé de tuibines à Hélices Girard.
1872
En 1871
l'édification est confiée à
Jules Saulnier
"On
dirait un immense tapis oriental", voilà la réflexion que
Jules Saulnier,
lui-même disait au sujet de son Moulin.
La légèreté des lignes et des façades cachent
au coeur même de l'édifice,
une machinerie de destruction du cacao.
Avec
le temps, le Moulin a été comme barbouillé de chocolat,
un distillat de cacao a imprégné la brique.
Si l'image est séduisante, la réalité de la restauration
fut des plus
compliquées. Les techniques les plus modernes ont redonné
au Monument la grâce que l'emprise des années avait souillée.
On
imagine les liens étroits entre la fabrication du chocolat
et l'image véhiculée par le Moulin. Plus belle harmonie est
impensable;
la force et la légèreté, la puissance et la finesse,
le cassant et la robustesse,
la brillance et la profondeur.
Des
termes qui tourbillonnent et s'entremêlent, sans
jamais qu' à l'esprit l'idée ne vienne que l'un puisse exister
sans l'autre.
A cheval sur la Marne, le vaisseau puise son énergie des forces
de la nature pour donner naissance à un puissant révélateur
des us et coutumes des civilisations d'hier et d'aujourd'hui.
Fier
et dominateur, il est le garant et l'image de la perfection chocolatière,
de ses entrailles coule un sang qui alimente le corps et l'esprit
des êtres à la recherche de sensations et d'émotions intemporelles.
Il traverse les siècles tel l'archétype du goût, né
de la main de l' homme,
le Moulin reste le fruit de son imaginaire.
LE MOULIN DE 1872
Le
bâtiment fait place à une ancienne construction disposée sur trois piles en
maçonnerie, au travers de la Marne, il est mû par une turbine et une roue
hydraulique à axe horizontal, conservées dans la nouvelle disposition.
Anciennement à pans de bois, le moulin construit par Bonneau commençait depuis
quelque temps à se détériorer, et il fallut songer à le remplacer par une
construction d'un autre genre, ce qui a conduit à adopter pour celle-ci l'ossature
métallique.
De plus, la fabrication du chocolat prenant chaque jour un plus grand développement
On profita de la reconstruction du bâtiment pour en augmenter sa largeur de
1m.50, et la longueur d'une travée semblable à celles des trois piles primitives,
formée par l'addition d'une quatrième pile, et comprenant une nouvelle turbine
siphoïde de la force de 120 chevaux.
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Le bâtiment reçoit toutes les machines de la fabrication du chocolat, et se
trouve sujet à porter de fortes charges en certains endroits, et à éprouver
les vibrations du mouvement des moteurs et des machines.
M. Jules SAULNIER, l'architecte de l'usine, chercha pour la construction du
moulin une combinaison permettant de diviser les façades en triangles de briques
afin d’empêcher l’apparition de fissures sur l’ensemble de la structure.
Pour cela les murs de face ont été établis en treillis de fers à double T,
disposés de façon à porter les poids et à résister aux vibrations, les remplissages
en briques n'ayant d'autre but que de clore le bâtiment, et d'en diviser les
façades en panneaux de peu d étendue, indépendants les uns des autres, et
séparés du fer par un lit de mortier amortissant l'effet des trépidations.
Au point de vue artistique, Jules Saulnier a dû faire ce bâtiment de manière
à le mettre en harmonie parfaite avec les autres corps de l'usine, qui tous
ont été élevés sous sa direction. L’ossature métallique fut réalisée dans
les ateliers de M. Moisant, Ingénieur-constructeur, à Paris.
Cette ossature comprend, sur les piles, un véritable cadre en poutres tubulaires
de 71cm de hauteur et, à égale distance des deux côtés de ce cadre, deux autres
cours de poutres tubulaires de même hauteur destinées à supporter, avec le
plancher du rez-de-chaussée, les colonnes des planchers supérieurs et les
parties les plus importantes de la transmission.
Ces diverses poutres reposent sur des semelles en fonte de 10 cm d'épaisseur
formant sommiers sur les piles. La partie supérieure de celles qui forment
le cadre supporte les pieds des différents montants en fer qui reçoivent les
briques. Ces montants se subdivisent en montants principaux, assemblés à leur
partie supérieure avec les fermes [A] en montants
intermédiaires en fers à T simple, placés au droit des lucarnes, et en forts
montants d'angles assemblés avec les arêtiers.
Ils sont reliés entre eux par un système de traverses horizontales en fers
à T simple apparentes à l'intérieur, et de croisillons en fers à T double,
à ailes inégales, apparents à l'extérieur. L'ensemble des façades se compose
donc, par suite, d'une série de losanges et de triangles garnis de briques.
Un certain nombre des losanges reçoit les cadres des croisées. Le comble se
compose d'une suite de fermes cintrées, assemblées avec les montants, et réunies
entre elles par des pannes en fers à T double, à ailes inégales.
Dans les intervalles des fermes sont fixées, sur les pannes [B],
des chevrons en fers à T double, dont les extrémités sont coudées et reçoivent,
en bout, la face en tôle ornée du chéneau. Sur les fermes et les chevrons
sont placées des cornières formant lattis [C]où
s'appliquent des tuiles Muller.
La crête en poterie est emboîtée sur des tiges rondes en fer faisant partie
du comble. Deux paratonnerres situés à chaque extrémité de ce dernier ne sont
nullement isolés de la masse métallique; ils y sont au contraire reliés de
façon que le fluide électrique puisse s'y répandre et se perdre ensuite dans
l'eau au moyen de conducteurs.
La façade du côté de la cour de l'usine porte à sa partie supérieure une lucarne
ornementée, supportée par des consoles en fer forgé, où se trouve disposée
l'horloge, une marquise en fer surplombe la porte d'entrée. La façade opposée
est garnie dans sa hauteur d'une cage en forme demi-octogonale, dans laquelle
est placé un escalier en fer qui dessert les différents étages.
Le bâtiment comprend cinq planchers : un de sous-sol, un de rez-de-chaussée,
et trois de premier, deuxième et troisième étage. Celui du sous-sol, au-dessus
des moteurs hydrauliques, se compose de solives [D]
en fer à T, recouvertes de tôle striée. Celui du rez-de-chaussée est formé
de solives en fers à T, placées perpendiculairement aux poutres Longitudinales
avec lesquelles elles sont assemblées. Les intervalles de ces solives sont
garnis de voûtes en briques au-dessus desquelles sont les lambourdes [E]
recouvertes d'un parquetage.
Au milieu et dans les parties correspondantes aux axes des moteurs est placée
une série de poutres en treillis, qui reçoivent les supports des arbres verticaux
et horizontaux de transmission. Le plancher du premier étage est supporté
par des poitrails [F] en fers à T sur lesquels
passent, dans le sens de la longueur du bâtiment, des solives qui reçoivent
des voûtes en briques munies de lambourdes et de parquetage.
Ces poitrails sont supportés à leurs extrémités par des consoles faisant corps
avec les montants des façades, et dans leur longueur par deux lignes de colonnes
en fonte.
Au deuxième étage la disposition générale est la même qu'au premier, seulement
le plancher ayant à supporter une charge considérable, les poitrails sont
deux poutres tubulaires, entretoisées par les solives et soutenues par des
colonnes.
Le troisième étage est semblable au premier; mais, au lieu d'être supporté
par des colonnes, il est suspendu par des aiguilles en fer assemblées avec
les fermes. Toutes les croisées sont en fer et possèdent un double vitrage
de manière à faciliter, à l'intérieur du bâtiment, le maintien de la température
nécessaire à la fabrication du chocolat.
Le dessus des piles se trouvant environ à 3 mètres au-dessus du sol, on a
dû élever les poutres du cadre à celte hauteur, de manière à les faire rouler
sur les piles par les moyens employés pour lancer les grands ponts. Le
poids total de l'ossature métallique, y compris les deux ponts d'accès est
de 460 Tonnes, répartis de la manière suivante :
| Ponts | 100 Tonnes |
| Façades | 150 Tonnes |
| Combles et accessoires, chevrons, lattis, etc | 50 Tonnes |
| Planchers et divers | 120 Tonnes |
| Fontes | 40 Tonnes |
La surface totale du bâtiment est de 485 mètres carrés, ce qui donne un poids au mètre carré de 948 Kg
[A] : Structures porteuses primaires de la toiture. Constituent avec les
poteaux l'ossature principale du bâtiment.
[B]
: Structures porteuses secondaires de la toiture. Servent de support à la
couverture.
[C] : Ouvrage fait de lattes.
[D] : poutres porteuses des planchers.
[E] : Pièces portées par les solives et supportant le plancher.
[F] : Grosse pièce de bois ou de fer, formant linteau.
Nouvelles annales de la construction Mars 1872 L . Anquetin
ECORCHE DE 1872
PREMIER ETAGE DU MOULIN 1842
L'usine se
divise en trois étages ; celui par lequel on entre referme :
1° Un jeu de meules verticales en grès agissant sur un bassin
en fonte de fer non tourné, mais suffisamment poli pour que le lavage
en soit facilité.
2° Un autre jeu de meules verticales en pierre, dont la circonférence est garnie en fonte, et qui opèrent dans un bassin en fonte comme le précédent. Cet appareil est employé pour les substances minérales et résistantes.
3°
Tous les appareils à piler, que des convenances de localité
ont forcé à concentrer dans cet étage. La forme et l'action
des pilons sont et devaient être variées comme les différents
genre de matières sur lesquelles ils opèrent. Voici le nombre
et la nature de ces appareils, que dans l'usine on appelle pilerie.
a) Pilerie à poudre impalpable, composée de six pilons.
b) Pilerie à couteaux pour les matières filandreuses, telles
que la réglisse.
c) Pilerie à poudre commune, composée de douze pilons.
d) Pilerie ayant sept pilons à bases rétrécies pour les
semences oléagineuses.
e) Pilerie à pilons de bois et mortiers de marbres pour les substances
que le fer pourrai altérer.
f) Pilerie à gomme.
g) Dans un cabinet séparé et hermétiquement fermé,
trois pilons sont exclusivement destinés aux substances vénéneuses.
h) Dans un autre cabinet placé dans la partie opposée des bâtiments,
et également séparé, se trouvent trois pilons d'une forme
appropriée, et destinés au travail préparatoire des chocolats
communs.
i) Tamisoirs mécaniques.
L'ensemble des coups frappés par les différents pilons renfermés dans cet étage est d'environ deux mille par minute, et l'énergie du coup peut être considérée comme sept fois plus grande que celle qu'on obtient du travail à bras.
DEUXIEME ETAGE
En montant
au deuxième étage, on trouve :
1° Deux moulins à orge perlé et gruau d'avoine.
2° Deux tamisoirs
3° Un moulin à blé à meules ordinaires.
4° Un moulin à drogues.
5° Un blutoir à gomme.
6° Un autre tamisoir.
7° Un jeu de cylindres pour écraser les graines oléagineuses.
TROISIEME ETAGE
Passant au troisième étage, on rencontre les appareils à chocolat. Ils sont au nombre de deux, et composés, ainsi que celui anciennement employé chez M Auger, l'un de quatre et l'autre de six cônes liés par leur sommet et conduits circulairement sur un plan horizontal. Ces appareils, qui s'alimentent d'eux mêmes, et qui peuvent produire un résultat d'environ 350 lilog. par jour, occupent la partie la plus élevée des combles du bâtiment, mettant ainsi à profit le dernier espace qui restât à remplir dans l'usine.
LE MOULIN EN 1865
En
1863 l'usine de Nosiel se consacre à la fabrication du chocolat, pour
devenirexclusivement produit de ménage en 1867, après la revente
à François Dorvault du secteur pharmaceutique associé
à l'établissement de Saint Denis. Comme on peut le constater
sur cette vue cavalière datant de 1865 et proposée par "L'album
des célébrités industrielles", le Moulin est suspendu
sur quatre piles en pierre établies au milieu d'un bras de la Marne.
Il est également indiqué que deux solides ponts permettent de
communiquer, d'un côté avec les dépendances de la fabrique
et de l'autre, avec une île de la Marne, transformée en jardin
anglais. Plusieurs roues à
hélices [2] de fabrication Girard, fournissent une force motrice
d'environ 150 chevaux.
Un projet datant de 1864 et utilisé en 1871 par Saulnier proposait
déjà les quatre piliers pour son ossature métallique.
Le dessinateur de cette vue se serait-il permis si grande liberté pour
anticiper les souhaits de Jules Saulnier?