Villers-Cotterêts d'aujourd'hui

Villers-Cotterêts 2ème génération

Gaston demeurera à la tête de l'équipage jusqu'à sa mort à l'âge de 79 ans.
Record de longévité pour un Menier chez lesquels on atteint rarement 60 ans.
Gaston aura été secondé dans cette tâche par ses deux fils : Georges et Jacques.

Carte des chasses Ménier
Carte des Chasses de l'Equipage de Messieurs Ménier

Il est bien difficile de connaître l'année exacte au cours de laquelle les trois frères Menier se sont lancés dans la chasse à courre. Certains témoignages indiquent que les frères Menier ont fondé leur équipage dès 1877 ou 1878. C'est une époque où leur père, Émile, est encore en vie. Mais il est tombé gravement malade en octobre 1878. Il mourra le 17 février 1881, à l'âge de 54 ans, sans avoir pu suivre ses fils. Ainsi, les trois frères viennent-ils de constituer la première génération des "Menier-Veneurs". Les trois frères se transportent en forêt domaniale de Retz à l'ouverture de la saison 1883, adjudicataires indivis, (vente aux enchères) le 12 octobre 1882 d'un ensemble immobilier important qui constituera la maison de chasse de Villers-Cotterêts, route de Soissons, en pleine agglomération. Les trois frères y installeront une vénerie modèle : "installation remarquable tant par sa construction que par son organisation quasi militaire. Les murs, les sols et les plafonds du chenil se raccordaient en arrondi pour éviter que la vermine n'élise domicile dans les angles.

La forêt des années 1906 à 1914 était alors extrêmement vive. Quand il était fait rapport d'un cerf seul dans une enceinte, on pouvait parier presque à coup sûr qu'il ne le serait plus cinq minutes après le découpler (détacher les chiens). L'attaque de meute à mort était le cas le plus habituel. On parvenait ainsi plus aisément à séparer un animal pendant le temps indispensable pour que les chiens puissent l'adopter.

Le 996ème cerf avait été forcé à la dernière chasse du printemps de 1914, celle du mardi de Pâques 14 avril, à laquelle assistaient, selon une tradition locale, tous les Cotteréziens, qui à cheval, qui en landau ou voitures à pétrole, bien sûr, habitués des chasses, mais aussi ceux qui étaient venus à pied ou à bicyclette. La curée eut lieu à la Marlière.

En 1918, la forêt offre le spectacle d'un chaos d'arbres mutilés dont les débris jonchent un sol bouleversé par les entonnoirs qu'y ont creusés les obus. Il s'agit de restaurer les bâtiments, de repeupler la forêt et de reconstituer la meute. La plupart ont été abattus en raison des difficultés d'existence et de ravitaillement : une vingtaine seulement ont pu être sauvés. La meute est reformée en partie de chiens Saintongeois noirs et blancs et doit s'entraîner dans les forêts environnantes car celle de Retz est trop dangereuse pour s'y aventurer.Au plus fort de l'activité, la meute comprendra plus de cent chiens de race et le domaine de chasse s'étendra sur plus de treize mille hectares.

Pour la saison 1922-1923, le maître d'Équipage, Gaston Menier se résoud, l'âge venant, à ne plus suivre les chasses à cheval et , le 4 novembre 1922, il inaugure une automobile à chenilles Citroën, du modèle qu'expérimente André Citroën dans les différentes croisières à travers le monde.
Ce ne sera pas un mince honneur que d'être admis à prendre place, aux côtés du Maître, dans ce véhicule inattendu.

Le 30 avril 1936, ce sera la dernière chasse de l'équipage Menier qui verra l'hallali de son 1441 et dernier cerf.
En cette saison tous les records avaient étés battus.
Alors pourquoi ce départ? on a dit que l'arrivée du gouvernement de Front Populaire, présidé par Léon Blum, en avait été la cause. Ce serait une erreur, les élections législatives n'eurent lieu, en effet, qu'au mois de mai 1936.
Ce qui est plus vraisemblable, c'est que les méfaits de la crise économique déclenchée le 24 octobre par le Krach de Wall Street, ont pu inciter un homme seul ( Jacques restant seul après la mort de son frère Georges en 1933)
à ne pas poursuivre plus longtemps une sorte de mécénat de portée très limitée et qui entraînait un véritable gouffre financier, même dans une belle fortune.

Les Menier avaient séjourné à Villers-Cotterêts de 1883 à 1936, ils y passèrent, mais jamais ne s'y arrêtèrent et jamais non plus ne s'y intégrèrent. Ils laissèrent la place en juillet 1936 au Rallye de la Forêt de Retz avec pour maître d'équipage le baron Louis de Cornois et piqueur, M. Maurice Loubet.
On ne les rencontra nulle part. Jamais on ne les aperçut se promenant dans les rues, faisant la moindre emplette dans quelque boutique et, si quelqu'un connaissait leurs visage, c'est parce qu'il fréquentait les chasses ou faisait partie de la domesticité.

Ils étaient arrivés par le hasard d'une enchère. Ils partirent par le hasard d'une fin de bail de chasse.
En une si longue période, rien ne les avait retenus, ni même fixés un tant soit peu à Villers-Cotterêts.
Ils ne revinrent jamais, même une journée, sur les lieux de leurs exploits.

Un livre de chasse était rigoureusement tenu à jour. A chaque compte rendu était jointe une carte de la forêt portant tout le parcours. Les invités de marque, qui n'avaient pu participer à la chasse, recevaient le lendemain un exemplaire de la carte, revêtu du tracé de la chasse.

Textes tirés du livre de Jacques Chauvin
"Les Menier chocolatiers, hommes d'aventure et veneurs"

 

 

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Tous les ans, Gaston Menier aimait clore la saison de chasse en apothéose par une curée aux flambeaux dans la cour de la vènerie. A la tombée de la nuit, un superbe six cors avait été rapporté de la forêt. On l'avait écorché à l'abri des curieux, sa tête et sa peau, appelé également "nappe", avaient été soigneusement mises de côté. Le piqueux ordonna à un valet de désarticuler la jambe avant-droite de l'animal et de torsader la peau, puis il accrocha cette relique aux manches de sa dague glissée dans le ceinturon de sa tunique.

Photo Saga-Menier

Gaston Menier et une dizaine de "boutons" se tenaient à l'intérieur du cercle des flambeaux vêtus de vestes rouges ornées de galons d'or, de culottes bleu-roi, de hautes bottes de cuir noir. Un homme, les jambes écartés au dessus de la "nappe", maintenait les bois de la tête du cerf. Le piqueux, les valets de chiens, de veneurs, semblaient en faction derrière leur souverain. Ils entamèrent les fanfares de la curée, puis le piqueux mis sa trompe en sautoir et s'avança vers Gaston Menier.

Photo Serge ODEN  * AGRY * 14 Re Castiglione. Mon BOUVET.  Diamètre Ø 30 mm épaisseur  hors œilleton 8 mm

Il enleva de sa dague la jambe et la peau torsadée, s'inclina devant Georges Menier. D'une main il ôta sa cape bleue, de l'autre il présenta le "pied d'honneur". Gaston Menier le conduisit auprès d'une invitée de son choix à laquelle il l'invita à faire les honneurs du pied, lui offrant ainsi le sacrifice de l'animal. Selon le rite, aucune parole n'était prononcée, sauf le "merci" du récipiendaire.

L'homme qui tenait les bois du cerf, la redressa et la balança d'un lent mouvement latéral afin de donner aux chiens l'illusion de vie. Les chiens affalés se remirent debout, la meute frémit contenue par les cris des valets. Sans lâcher les bois, l'homme se rejeta brusquement en arrière et arracha d'un seul coup la "nappe" qui, solidaire de la tête, découvrit la carcasse et les abats. Au signal du piqueux, les chiens se ruèrent sur les entrailles fumantes.

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"La cour des maîtres" de René Lucot

Pied d'Honneur

Chaque jour, "le piqueux" préside aux repas des chiens, apportés dans de longues auges en bois par les valets au centre de la cour du chenil. La cinquantaine de chiens, dès l'ouverture de la porte de leur bâtiment, se précipitent et, dociles, s'alignent devant les auges, le nez levé, les yeux fixés sur le fouet tenu droit à bout de bras par le piqueux, immobile en face d'eux. Quand il baisse son fouet, les chiens avec un ensemble parfait plongent la tête dans les auges. Si un goinfre se jette sur la nourriture avant le signal, un valet qui se tient près de la meute lui passe une harde autour du cou et l'écarte de la soupe. Le puni doit alors attendre que les autres chiens finissent leur repas avant de pouvoir lécher le fond des auges

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"La cour des maîtres" de René Lucot

Description du Domaine de chasse
de Villers-Cotterets en 1889

La meute de MM. Ménier comprenait au début, un mélange de fox-hounds venant d'Angleterre et de bâtards poitevins provenant de lices du Haut Poitou cédées par M. Servant.
Elle compte en 1889 cent chiens, tous nés au chenil de Villers-Cotterets et obtenus par croisements entre les types primitifs.
Les écuries peuvent contenir 35 chevaux. La cour d'ébats est un vaste terrain planté d'arbres d'un hectare. Le chenil, situé à l'une des extrémité, est un bâtiment de style simple, mais bien aménagé, Au rez-de-chaussée, une salle de 20 M x 15 M dont la grand face est occupée par le banc. Des dispositions spéciales assurent la surveillance continuelle des hommes de garde, l'isolement des lices pendant la période d'allaitement, etc.

Tenue : habit rouge à la française, avec galons de vénerie, gilet pareil, culotte de velours bleu.
Le bouton d'argent sur champ d'or porte un cerf passant dans un M. Les hommes à pied ont la veste rouge galonnée, la culotte bleue et les guêtres de cuir, les hommes de suite, la veste de velours bleu à côtes et les guêtres pareilles, la casquette plate avec corde chasse en or.

 

Invitation de 1886
Saga Menier