La
petite histoire
Sur l'ordre de Monsieur Gaston Menier, du cacao Cameroun servant pour
le cacao B a été mouillé dans un bac tôle pendant 24 heures, puis remis
en sacs, recouverts de toiles, pour faire subir au cacao une deuxième
fermentation pendant 96 heures. La température c'est élevée
à 61°. étalé sur des toiles en couches minces, dans la cour bitumée du
brûloir, il a fallu 5 jours complets pour sécher à l'air libre en renouvelant
les surfaces toutes les heures avec un râteau. Torréfié
et broyé, il a été fabriqué du chocolat formule "fin santé" 38X62 avec
le Cameroun fermenté exclusivement et, pour comparaison avec du Cameroun
ordinaire pris dans le même lot que celui qui a reçu un traitement spécial.
Mr. Gaston Menier a trouvé le Cameroun refermenté supérieur à l'autre,
meilleur goût, moins amer. Par l'immersion le cacao avait augmenté de
20% de volume. Après le fermentation le cacao a été remis dans le bac
et rincé dans plusieurs eaux pour le débarrasser du mucilage visqueux
de l'extérieur : c'est après ce rinçage qu'il a été étalé au soleil dans
la cours du brûloir et rentré la nuit à l'intérieur du brûloir pendant
cinq jours. Mr. Gaston Menier a demandé d'essayer de gagner du temps.
Un 2eme essai a été effectué : 500kg Cameroun ont été trempés pendant
2 heures seulement et soumis à la fermentation pendant 48 heures. Après
2 heures dans l'eau le cacao avait absorbé 194 litres d'eau. A la dernière
heure de fermentation le thermomètre marquait 57°. Comparé au 1er essai,
il y avait pour le deuxième traitement un gain de 22 heures sur le
trempage et de 48 heures sur la durée de fermentation. Exposé
dans la journée aux rayons du soleil (moyenne 41°) le cacao n'a mis que
trois jours au lieu de cinq pour sécher au même degré que pour le premier
essai. Par séchage, j'entends "grain
se cassant en le tordant entre les doigts". Du Cameroun 1er essai a été
solubilisé. Un échantillon de ce solubilisé a été envoyé à Mr. Gaston
Menier avec du cacao B courant pour comparaison. Trempé dans le bac spécial
pendant 18 heures après avoir subi préalablement une cuisson de 15 minutes
pour débarrasser le grain de sa coque et le concasser, le Cameroun est
égoutté et encore humide, porté dans la broche pour le torréfier. C'est
ainsi qu'a été préparé l'échantillon ci-dessus. " Je trouve plutôt nuisible
cette façon d'opérer : j'estime mauvais de torréfier à plein feu du cacao
sans sa coque et encore mouillé, c'est de là que vient à mon avis, le
goût désagréable signalé par certains clients. Le contact direct avec
la broche, les gaz s"échappant du coke du foyer, la cuisson
dans une vapeur d'eau, provenant du cacao et se noircissant
en touchant le cylindre, tout cela est plus ou moins retenu par les grains
concassés et décortiqués et je m'explique l'amertume de laquelle
on se plaint pour ce cacao cuit à l'étouffée" Pour parer aux inconvénients
ci-dessus j'ai prescrit un essai : prendre du cacao Cameroun refermenté,
sec, le tremper avec sa coque dans le bain de carbonate de potasse le
temps habituel, l'égoutter, le sécher, et procéder ensuite comme pour
les autres sortes de cacaos : le torréfier, le concasser, le broyer à
part, le presser et voir après concassage et blutage du tourteau, quelle
couleur et quel goût aura la poudre ainsi traitée. L'essai a été très
concluant : le cacao solubilisé avec
sa coque a un bel aspect, à la torréfaction une odeur agréable se dégageait
de la broche, au concassage encore
la bonne odeur s'est maintenue ; quant au goût il ne laisse dans la bouche
aucune amertume, aucun picotement. L'inverse se remarque avec le procédé
de décortiquer avant le trempage dans l'eau carbonatée et à la torréfaction
avec le grain concassé solubilisé encore mouillé. Monsieur Gaston Menier
a décidé le 6 septembre 1930 que le Cameroun devant servir à la préparation
du "cacao .B" serait ainsi traité : 2 heures d'immersion post-fermentation,
séchage, solution carbonate de potasse, séchage (torréfaction et opérations
suivantes courantes). La vente actuelle étant de 9 à 10.000kg par mois
de cacao B c'est donc 12.500 kg Cameroun en grains à travailler par mois,
soit 500 kg par jour. L'été le travail de post-fermentation est facilité
par la température, de même que les séchages successifs. L'hivers, il
faut une assez grande surface couverte, de la chaleur et une ventilation
intense avec cheminées d'évacuation de l'humidité à l'extérieur. Pour
le séchage de 1000 kg de cacao il faut 60 mètres carrés.
