En 1820, Jean Antoine Brutus Menier n'est encore qu'un préparateur en produits pharmaceutiques en charge de "La Maison Centrale de Droguerie".
En 1825, l'entreprise située rue des Lombards à Paris pulvérise quantité
de substances destinées aux pharmaciens.
Le chocolat n'est encore qu'un " faire-valoir gustatif" mélangé à d'autres
substances.
Jean Antoine Brutus se préoccupe de la qualité de ses poudres et mélanges,
ce qui n'est pas pour déplaire aux pharmaciens encore habitués aux solutions
médicamenteuses approximatives sans réel suivi.
Jean Antoine Brutus appose sa marque sur chaque produit ce qui l'engage
désormais sur le chemin de la qualité.
Le succès ne se fait pas attendre, mais l'outil de production constitué
de meules à bras et de chevaux reste limité.
La recherche d'espace et d'une autre source d'énergie est indispensable
à la croissance de la Maison Centrale de Droguerie.
Sur la Marne, de nombreux moulins utilisent la force hydraulique bon marché
pour fabriquer mais également pour transporter leurs marchandises.
De Meaux à Chelles, l'activité est intense. Jean Antoine Brutus Menier choisit
de s'installer à Noisiel où le potentiel de développement est grand, à mi-chemin
entre Paris (son siège social) et l'une des places fortes de Seine et Marne
: Meaux.
En 1824, il décide de louer le Moulin de Noisiel ; il en sera propriétaire
en 1838.
Cette bâtisse en bois sans étage est montée sur deux piliers et accessible
par un pont donnant sur la rive non aménagée. Bien loin de son aspect actuel,
le moulin subira de nombreuses métamorphoses avant de devenir ce monument
édifié par Jules saulnier en 1872.
En 1836, la première tablette enrobée d'un papier jaune avec médailles et
signature est créée. Sa diffusion sera mondiale. A partir de 1842, la santé
de J-A-B Menier se détériore ; il passe le pouvoir progressivement à son
fils Émile Justin pour s'éteindre en 1853. Jusqu'en 1862, Noisiel produit
poudres pharmaceutiques et chocolat, mais les critiques font rage ; comment
peut-on manipuler sur un même lieu produits chimiques et denrées alimentaires
?
Émile Justin Menier, loin de renier les choix de son père, va répondre aux critiques de brillante manière. Il modernise l'outil de production du chocolat sur le site de Noisiel et donne également à la pharmacie l'impulsion nécessaire pour faire de cette discipline le fer de lance de la production et de la création française. Située à Saint Denis, la Pharmacie centrale sera un centre chimique et pharmaceutique reconnu par ses pairs.
Mais en 1867, la pression est trop grande, le choix de se séparer de la
Pharmacie centrale est décidé.
Elle deviendra la Pharmacie centrale de France sous la conduite de Dorvault.
A Noisiel, l'activité s'organise maintenant autour du chocolat de confiserie.
Toutes les composantes de fabrication, aussi bien humaines que matérielles,
sont étudiées pour faire de l'entreprise Menier une vitrine mondiale.
Émile Justin Menier est homme politique pour influer et faire appliquer
ses idées aussi bien à ses employés qu'à ses concitoyens de Noisiel dont
il est le maire depuis 1871. La cité ouvrière fait donc partie intégrante
de la composante de fabrication voulue par Menier.
Homme de progrès de par ses choix industriels et commerciaux, Émile Justin
recherche l'autonomie concernant ses produits de base. Il devient propriétaire
de sucrerie, arme une flotte de navire avec pour fleuron le Belem pour rapporter
les cacaos dont il est le propriétaire au Nicaragua, il rénove la Ferme
du Buisson pour satisfaire les besoins alimentaires de la population de
Noisiel, une coopérative voit le jour.
La ferme fournira également le lait pour la fabrication du chocolat au lait
dès 1920. Tous les éléments sont réunis pour que la chocolaterie de Noisiel
devienne la plus importante du monde.
1881 marque la disparition d'Émile Justin Menier. Son oeuvre dédiée au progrès
et au bien-être social sera poursuivie par deux de ses trois fils :Gaston
et Henri.
Ce dernier est à l'origine de la dernière avancée commerciale : la publicité.
Il fait rentrer l'entreprise dans l'inconscient collectif en 1892 par l'intermédiaire
de l'illustrateur Firmin Bouisset qui n'hésitera pas à utiliser sa propre
fille comme modèle et à l'afficher sur tous les murs de France. La chocolaterie
de Noisiel se transforme encore pour devenir un haut lieu de fabrication.
La Cathédrale édifiée en 1908 en est le symbole. D'une utilité contestée,
elle marque un tournant et prédispose d'un avenir incertain. Quand l'homme
se prend pour Dieu, le déclin n'est pas loin.
La démonstration de puissance par des achats en tout genre frise la mégalomanie.
Yachts, hôtels particuliers, Anticosti (île au large de Terre-Neuve) et
Chenonceaux en Tourraine montre que l'idéal du père s'essouffle.
En 1913, Gaston prend le contrôle de la chocolaterie après la mort de son
frère aîné. Les innovations d'envergure ont cessé et l'entreprise rentre
de plein-pied dans la première guerre mondiale.
Ce conflit qui touche Noisiel révèle les qualités patriotiques de la famille
Menier.
La maison de retraite Claire Menier construite en 1902 sert d'hôpital militaire
ainsi que Chenonceaux.
Jacques, l'un des fils de Gaston, est aviateur et participe au conflit de
manière héroique. Commercialement, la situation n'est pas catastrophique
: la ration alimentaire des combattants comprend une barre de chocolat et
les Menier entendent bien alimenter tous ces "poilus".
1918
marque la fin de la première guerre mondiale et le début des premiers troubles
sociaux.
Gaston Menier continue de faire face également à la concurrence. Il meurt
en 1934, un an après son fils Georges laissant la place à Jacques qui déjà
affaibli physiquement au cours d'un grave accident durant la guerre va subir
les foudres des syndicats et perdre pied au milieu de cette marée rouge.
Le choix des urnes est hostile aux Menier. Ils perdront tour à tour leurs
mandats municipaux. La seconde guerre mondiale sonnera la fin de l'entreprise.
Hubert Menier tentera bien de redresser la situation, une embellie en 1939
et le maintien à flot jusqu'en 1950. Mais la maladie emporte Hubert en 1959
Son frère Antoine assure alors la direction de la firme. Les enfants d'Hubert
sont trop jeunes pour lui succéder et la guerre de succession opposant les
héritiers, ne pouvait que fragiliser les intérêts de l'entreprise. En 1960,
Menier doit fusionner avec la société Rozan. La société Menier est rachetée
dans sa totalité en 1965. Deux ans après, Antoine meurt sans postérité à
Paris, le 12 août 1967 à l'age de 62 ans. Antoine aura été le dernier des
Menier à diriger l'entreprise Menier.
Alain Lateb
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En
découvrant Noisiel, Jean-Antoine Brutus Menier comprit tout
le parti
LA
CHEMINEE DE L'USINE L'USINE,
LES QUAIS, L'ARRIVEE DES TRAINS VUE
AERIENNE DE L'USINE MENIER On vient de toute la Seine et Marne pour visiter la chocolaterie en ce début de siècle. L'excursion entreprise par la classe du pensionnat Bernon de Gagny en cette fin d'année scolaire 1905 est vécue comme une récompense. Cette photo de groupe sous l'horloge et le nom de l'usine Menier immortalisera cette belle journée de printemps. Des générations entières de consommateurs se forgeront au bon goût du chocolat noir "MENIER". Ce n'est qu'à partir des années vingt que Noisiel fabriquera son chocolat au lait L'heure de la rentrée à l'usine Menier PLACE
DE LA MAIRIE ET SORTIE DE L'USINE LES
BATEAUX-LAVOIRS et L'ATELIER DES CAISSES Deuxième
emplacement d'un bateau-lavoir, en 1906, en aval du moulin sur la rive
gauche du canal de fuite. Lors de la construction du pont hardi qui
enjambait le petit bras LA
MAISON DE COMMERCE LES
REFECTOIRES LE
MONUMENT EMILE-JUSTIN MENIER LES
ECOLES LE
PETIT CHATEAU LE
CHATEAU
HUBERT
LATHAM A NOISIEL PAVILLON
CHOCOLAT MENIER
Le "Chalet" et les communs de la villa Menier à Houlgate Les transports à Paris... PUB Forêt
de Villers-Cotterêts, le Rond-de-Chatillon SOUVENIRS DE GASTON MENIER - 1934 Henri et moi avions organisé un équipage de chasse à courre et nous avions repris à M. Servant son bail de la forêt de l'Isle Adam et celle de Carnelle. De son côté, M. Servant avait repris la chasse aux sangliers de Villers-Cotterêts dont la chasse aux cerfs appartenait au Marquis de Lubersac. La forêt de l'Isle Adam était difficile et il n'y avait que peu d'animaux. Nous avions seulement un petit nombre de chiens et on chassait ce qu'on trouvait avec quelques chiens de tête. Nous partions quelquefois sur un chevreuil ou sur un cerf qui, il faut le dire, venaient tous de la forêt de Chantilly. Nous avons fait souvent des chasses curieuses d'animaux qui passaient quelquefois l'Oise ; il fallait faire de grands détours pour trouver un pont. Quand l'Oise était gelée, nous perdions fréquemment des chiens qui rompaient la glace et, ne pouvant pas remonter, se noyaient. Les chiennes sous ce rapport, par leur constitution, pouvaient se hisser sur la glace et continuer la chasse. La descente de la forêt de Carnelle était sévère et celle sur le bois Bonnet était difficile et blessait le paturon de nos chevaux; il ne nous était quelquefois pas facile de séparer deux cerfs qui se faisaient chasser ensemble et nous étions obligés de les servir en même temps. Plusieurs fois aussi des sangliers nous emmenaient de l'autre côté de l'Oise à la Tour du Laye. D'autres fois, nous étions entraînés dans la forêt de Montmorency dans des parties où se trouvaient des villas et des maisons, ce qui était peu agréable. En 1881, commençait une nouvelle location de la forêt de Villers-Cotterêts ; nous la prîmes à ce moment pour le cerf et notre chasse changea d'allure. Hubert tomba malade et fut remplacé par Loubet qui, lui aussi, est un bon piqueur. Mon frère Henri et Louis Laveissière étaient infatigables et j'avoue que, dès la nuit, par la neige et le froid, il était préférable de rentrer à la Vénerie. Nous avons eu, jusqu'à la mort d'Henri en 1913, de brillantes réunions cynégétiques et l'on peut dire que l'Equipage manquait rarement sa prise. Nous avions choisi les chiens, fait un élevage important que la guerre avait interrompu et que nous avons cependant continué jusqu'à la mort de mon fils Georges. Depuis, nous avons opéré une modification assez profonde dans la constitution de l'équipage pour modérer certains frais qui étaient excessifs dès le temps d'après-guerre. A Villers-Cotterêts, en dehors de la chasse à courre, nous avions eu des destructions de biches à faire et Gambetta ayant demandé d'y assister, nous nous empressâmes d'en organiser une. Gambetta, qui avait un fusil spécial coudé pour lui permettre de viser avec son oeil unique, se trouva placé à un poste où il vit défiler devant lui une trentaine de biches qui passaient à ses côtés ; il en fut tellement impressionné qu'il ne tira pas, mais il cita souvent cette circonstance.
textes
tirés des livres : |
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