Jean Antoine Brutus Menier

JEAN-ANTOINE BRUTUS MENIER

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Ménier. Sans doute ce nom évoque-t-il d'abord une denrée fort agréable au palais en même temps que la petite fille aux cheveux nattés qui en vantait naguère les mérites sur bien des murs de France. Mais avant que la saveur de son chocolat et l'affiche de Firmin Bouisset lui valent la réputation que l'on sait, la maison Ménier fut, dans la France de la première moitié du XIX siècle un des premiers grands établissements de fabrication et de vente de produits pharmaceutiques.

Prix courant 1845
Troisième enfant sur 11, d'une famille de marchands et non fils de vigneron comme le veut la tradition tardive, Jean-Antoine-Brutus Ménier est issu d'un milieu jouissant d'une relative aisance et doté d'une certaine instruction. On trouve dans sa lignée paternelle nombre de gens de justice, huissiers et notaires royaux, et quelques hommes d'église. Outre les gens affairés à la marchandise et au négoce, on voit apparaître dans la parenté proche de Jean-Antoine-Brutus plusieurs pharmaciens et chirurgiens, parmi lesquels son oncle et parrain Antoine. Antoine est la figure la plus marquante de l'entourage du jeune Ménier, selon une pratique assez répandue, c'est de lui que l'enfant tenait son deuxième prénom. De 1811 à 1813, Ménier fut placé comme élève chez le sieur Maignan Pharmacien du Prytanée dans la commune de La Flèche, à quelques kilomètres de Bourgeuil. Il découvre pendant deux ans les substances pharmaceutiques dont la pulvérisation devait être à l'origine de sa fortune. Ménier fort de ses premières connaissances et muni d'un certificat très élogieux, délivré par Maignan, quitte La Flèche pour Paris, où il entre à l'hôpital militaire du Val-de-Grâce le 1er octobre 1813 pour en sortir en janvier 1814, après avoir reçu une commission de sous aide pour faire partie du corps des officiers de santé de la 24ème division, avec ordre de se rendre à Bruxelles le 3 février. Menier du presque aussitôt rejoindre la capitale sur la demande de Mr le baron Percy pour le seconder dans ses travaux. Les événements politiques du 21 août 1814 mettent fin à cette collaboration, Menier est licencié par arrêté du ministre de la guerre, il rejoint alors ses foyers.
Le voilà maintenant à Paris, non point comme un jeune provincial flânant dans la capitale en pleine période de " Restauration ", en quête de quelque moyen de faire fortune rapidement. Sa sœur aînée Anne-Renée-Jeanne se trouve également à Paris où elle épouse en 1810 Jean-Baptiste-Marie Aubry, ancien chapelier devenu employé aux octrois de la ville de Paris Cette période des débuts Parisiens voit Jean-Antoine-Brutus nouer des relations, en février 1816 avec Marie-Edmée-Virginie Pichon, fille d'un marchand d'origine champenoise. Son mariage lui apporta une dot substantielle et un rapprochement avec une vieille famille de magistrats et de propriétaires fonciers de Courchant des Sablons. C'est alors qu'il s'engage dans la voie qui devait faire son succès. Il part d'un constat : l'impossibilité pour le pharmacien éloigné des grands centres d'approvisionnement, notamment de la capitale, de se tenir au courant de toutes les innovations et surtout de vérifier l'authenticité des produits achetés, tant est grand le nombre de fournisseurs. Il veut innover sur le plan de la production et de la commercialisation. Il s'agit de mécaniser la production des substances végétales et minérales et de gagner la confiance des clients en garantissant l'homogénéité, l'origine et la pureté du contenu de chaque sac. On pouvait alors lire dans certaines revues médicinales : "Autrefois nous donnions toujours la poudre de Colombo à la dose de quatre grammes (un gros) par jour, en trois fois. Mais depuis douze à quinze ans, (1825)nous avons reconnu que la moitié ou deux grammes suffisaient, parce que notre poudre est toujours identique, homogène, récente, de la meilleure qualité possible, et obtenue de la racine de Colombo prise constamment à la même source (chez M. Menier, rue des Lombards, à Paris)".
Autre préoccupation, la qualité technique, le rôle du renommé mécanicien-fontainier Henri-Pierre-François Antiq, qui fut à plusieurs reprises chargés de l'installation des machines. Récompensé par une médaille de bronze à l'exposition de 1827, Antiq s'était fait remarquer par l'établissement de plusieurs machines fonctionnant dans diverses entreprises industrielles. En ce début de XIX siècle, le chocolat n'est pas seulement considéré sous l'angle de sa valeur alimentaire : depuis sa diffusion en Europe, en même temps que deux autres produits exotiques ayant noms thé et café, le chocolat fut autant vanté et consommé pour ses vertus curatives et roboratives, sinon aphrodisiaques. La notion de chocolat de santé, fruit de longues et savantes disputes scientifiques et théologiques, est encore très forte au moment où Ménier se met en tête d'en fabriquer. Chocolat alimentaire ou de santé, l'important réside dans l'existence de deux produits sur le marché. Ceux de haut de gamme, qui garnissent en savoureuses friandises les tables royales et les variétés communes, objet de nombreuses et effrayantes falsifications. Conscient que la meilleure manière d'assainir une profession très encombrée est d'offrir au public un chocolat vraiment bon pour la santé, Ménier choisit, en s'appuyant sur des
" technologies de pointe ", dirons-nous, de fabriquer des produits de qualité à un prix raisonnable pour le plus grand nombre.
En 1834, les commanditaires deviennent plus nombreux (sept), les capitaux [300.000.00 francs]réunis grâce à cette société permetront de procéder à l'acquisition du moulin de Noisiel, ainsi qu'à son agrandissement.
Les commanditaires passent ensuite de 7 à 10, ce qui permet d'édifier l'établissement modèle de "la Maison Centrale de Droguerie".
Les nombreuses récompenses aux expositions internationales contribuent à asseoir sa réputation.
Mais Ménier ne pouvait manquer de déranger par son succès grandissant ; on lui reproche de n'être pas pharmacien diplômé, l'épreuve est difficile car âgé de 44 ans, mais le 2 février 1842 mettant un terme à la polémique, Ménier est admis comme membre résident à la société des pharmaciens.

Moment important également, la visite du futur empereur des Français ; Louis Napoléon Bonaparte, Président de la République.
Cest aussi dans les années 1840 une course aux honneurs : la Croix de Chevalier de la Légion d'Honneur. Les lettres d'appui qui figurent dans son dossier, devaient permettre à Menier d'obtenir cette décoration tant espérée. Car Jean-Antoine-Brutus est un Bonapartiste convaincu, après les journées de l'insurrection de juin 1848, il participe à la mise en place de la "Sécurité commerciale", destinée à rétablir la confiance du crédit afin que le commerce reprenne.

"Il s'agit d'une grande assurance qui vienne, dans ce moment de crise, former un fonds social pour couvrir les pertes de tous, et par conséquent sauvegarder la fortune individuelle par le principe tutélaire de l'association sagement limitée"

Jean-Antoine-Brutus est après le coup d'état du 2 décembre 1851 le chef de file de la bourgeoisie parisienne venue à l'Élysée apporter son soutien au Prince Louis-Napoléon.

"Eh bien ! l'attitude de la bourgeoisie parisienne, elle va la faire connaître hautement elle-même, en se rendant par de nombreux délégués à l'Elysée, pour remercier le président de la République d'avoir assuré la sécurité du pays et donné un avenir au travail.Un groupe nombreux de chefs de maisons demandèrent une audience, qui leur fut accordée pour le 20 décembre. Là étaient représentées, par des hommes considérés dans leur profession, un grand nombre d'industries : les châles, les bronzes, les orgues, l'imprimerie, les instruments de chirurgie, les machines hydrau- liques, les meubles sculptés, les aiguilles, les chocolats, les instruments de mathématiques, les ornements de cuivre, les papiers peints, les instruments d'optique, l'orfèvrerie, la bijouterie, la coutellerie, la fonderie, les boutons de porcelaine, et d'autres industries encore ; et ceux qui venaient remercier le président de la République portaient des noms bien connus; ils s'appelaient Sallandrouze-Lamornaix, Samson, Vittoz, Biétry, Hermann, Charrière, Ducroquet, Paillard, Plon, Kriéger, Fourdinois, Durand, Desbordes, Thouvenin, Védy, Délicourt, Lemonnier, Rudolphi, Corvoisier, Béchu, Trélon. Parmi ces délégués, l'un des plus ardents et des plus convaincus était M. Ménier père, chef d'une famille qui représente encore honorablement les chocolats, mais qui Toutefois, l'explosion de cette gratitude n'eut pas seulement le Prince pour objet ; une partie de cette bourgeoisie parisienne, si réservée, si modérée, voulut étendre son hommage jusqu'aux soldats, qui avaient soutenu la cause du Président et vaincu l'émeute".

Mais frappé d'une attaque de paralysie le 16 mars 1852, il s'éteint dans sa maison du 19 rue Singer à Passy, le 19 décembre 1853.
Autant spirituel que matériel, le legs de Jean-Antoine-Brutus à son fils a exercé une influence non négligeable sur la manière dont ce dernier conduisit l'entreprise.
Durant les 10 années suivantes, le secteur pharmaceutique occupe une place prédominante, la construction de l'usine de Saint Denis apparaît comme une sorte d'achèvement de l'oeuvre paternelle.

Sources :
- Histoire de la pharmacopée de Marc Valentin
- Souvenirs du second Empire par A. Granier de Cassagnac
- Journées de l'insurrection de juin 1848 Éditeur : Ve L. Janet (Paris)

Crédit Photos : Saga-Menier

JEAN-LOUIS-ERNEST MEISSONIER

En 1830, Jean-Louis-Ernest Meissonier, spécialisé dans le peinture historique militaire, ruiné par la révolution travailla énergiquement à refaire sa fortune. En 1832, Meissonier était apprenti droguiste, rue des Lombards, dans la maison Menier, en face de celle qui portait pour enseigne, "Au Mortier d'or". Il n'a jamais pu voir la caricature de Gavarni " Né pour être homme, et être épicier " sans faire un amusant retour sur lui-même, lui aussi avait été épicier.
Il balayait le magasin, excellait à préparer la poix de Bourgogne, à ficeler les paquets. Sa distraction à ce moment, était de s'exercer à tous les jeux de force et' d'adresse, .Quelques années plus tard, quand il habitait l'île. Saint-Louis, agile, rigoureux, hardi jusqu'à l'imprudence; il battait la Seine à la gaffe, du pont des Tournelles au pont Marie, sur de méchantes galoubies qui faisaient eau de toute part. "

Souvenirs et entretiens 1897

 

 

JUGEMENT RENDU LE 17 MAI 1839 A L'ENCONTRE DE MENIER

La jalousie n'est pas l'unique souci auquel est confronté Jean-Antoine Brutus Ménier ; l'interprétation qu'il fait de la loi oblige cette dernière par l'intermédiaire du tribunal de Paris à appliquer des sanctions.

"Attendu que Ménier n'a pas été reçu pharmacien, mais qu'il tient un magasin de drogueries en gros, qu'en cette dernière qualité, il a contrevenu à l'article 33 du 21 germinal an XI, en faisant préparer dans ses magasins des drogues composées, attendu que Ménier ne peut se soustraire à l'application de la peine requise contre lui sous le prétexte que la pharmacie était gérée par un sieur Lechard, porteur d'un diplôme. Attendu que cette circonstance ne peut faire disparaître le délit, qu'on ne peut, à l'aide d'un "prête-nom" éluder les dispositions formelles de la loi, qu'admettre le contraire ce serait faire reposer sur un tiers la responsabilité que le législateur a voulu faire porter sur le propriétaire seul. Attendu, dans l'espèce, que Ménier étant en réalité propriétaire, le maître de la pharmacie, faisant débiter à son profit par Lechard, son préposé, quand et comme bon lui semble les médicaments et autres substances qu'il lui fournit, se trouve en contravention à l'article 33 de la loi du 21 germinal an XI. Par tous ces motifs, faisant à Ménier application de l'article précité, le condamne à 500 francs d'amende."

Ainsi les pharmacies ne pouvaient être gérées sous le nom de pharmacien gagé.

Note Saga Menier

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Saga Menier