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Gaston Menier étendra sa sollicitude à de nombreuses oeuvres sociales.
Il souscrivit à nombre important de parts pour la construction de la Maison des dames des postes rue de Lille à Paris en 1905 et il devint le secrétaire général de la société dont Jules Siegfried était le président.
A cette époque le téléphone n'était pas direct, et pour joindre un abonné, il fallait sonner le central, qui établissait la relation.
Ce système nécessitait un personnel important à majorité féminin et provenant de provinces éloignées ; d'où l'idée de construire un immeuble de cent onze chambres chauffées avec trois bains-douches par étage. Les repas étaient servis dans une salle à manger ouvrant sur un jardin d'hiver. Les prix étaient ceux des logements sociaux. Le règlement était strict, mais l'esprit social ne se drapait pas dans une architecture austère.
Une façade richement décorée notamment dans les ferronneries. Bien que la pierre seule soit apparente, l'architecte, Eugène Bliault, avait construit l'immeuble sur une ossature en béton armé étudiée par l'ingénieur Victor Loup selon le système breveté par Armand Considère
(1841-1914) la même année en 1905.


Marrey Bernard
LA MAISON DES DAMES DES POSTES

LES HABITATIONS A BON MARCHE

Alexandre Bérard Sous-secrétaire d'État aux Postes et Télégraphes avait été frappé par les conditions de logement et de restauration proposées aux femmes employées dans ses services. Les «Dames des postes», originaires pour la plupart de province, aimaient à se retrouver pour reconstituer un semblant de vie familiale dans les trop rares pensions proposées sur Paris et dont les lois nouvelles sur l'hygiène sociale laissaient encore à désirer dans quelques endroits de la capitale.

Fort de cette constatation, Alexandre Bérard réfléchit à l'idée de regrouper ses employées au sein d'un établissement proposant à chacune, en plus du logis et du couvert, un salon de lecture et une salle de travail. Alexandre Bérard fit appel à son ministre de tutelle, Georges Trouillot, pour créer une commission dans laquelle on retrouverait tous les initiateurs de cette «Œuvre». Les députés Jules Siegfried, Gaston Menier et Albert Vazeille et bien d'autres conclurent leurs travaux par la création d'une société par actions dont la valeur d'émission arrêtée à 25 Francs, permettait une large souscription.

La commission rendit son rapport au Ministre du Commerce, de l'industrie, des Postes et Télégraphes pour approbation et le 11 janvier 1905, la société au capital de 135.000 Francs vit le jour. A son conseil d'administration, la plupart des membres de la commission prirent leur place. Un terrain de 600 mètres fut acquis rue de Lille au 41 près des bureaux de caisse d'épargne postale et du central téléphonique. Les plans ont été dressés par l'architecte du gouvernement M. Bliaut.

C'est avec cette espoir que la société avait posé le 7 juillet 1905 la première pierre de cette future réalisation. La cérémonie a eu lieu sous la présidence de M. Alexandre Bérard. Il a été placé dans un tube en plomb une médaille commémorative à l'effigie de la République, des pièces d'argent au millésime de 1905 ainsi qu'une collection de figurines postales en usage.

Pose de la premiére pierre

L'immeuble a 6 étages, la façade est élégante. Le sous-sol est occupé par les cuisines avec leurs dépendances, avec lavabos et vestiaires à l'usage des clients du restaurant n'habitant pas la maison, le rez-de-chaussée d'une hauteur de 5 mètres comprend 3 divisions reliées entre elles ; une salle de lecture et de travail, un hall vitré et une salle de restaurant, une grande cour aménagée entre les bâtiments. L'édifice abrite une centaine de demoiselles appartenant ou non à l'administration des Postes mais faisant partie du cercle. Par cette action, l'œuvre étend son utilité au plus grand nombre. Les cent onze chambres sont vastes, bien aérées et chauffées à la vapeur, un mobilier « modern-style » équipe les appartements, comprenant, armoires à glace, penderies, tables de toilette, liseuses. Chacune de ces pièces à, au moins, 3 mètres sur quatre mètres, et chacune d'elles est décorée d'une guirlande de fleurs printanières, peinte en frise. Les locataires ont à leur disposition eau chaude et salles de bain. Les matériaux sont de qualité et répondent aux derniers progrès en matière d'hygiène.

Et que dire des conditions exceptionnellement avantageuses du restaurant à bon marché ! La société qui les exploite, a décidé d'ouvrir son établissement à toutes les femmes appartenant ou non à l'administration des postes, employées, ouvrières, etc. Malgré l'élégance de son installation, cet établissement offre aux prix les plus abordables, une nourriture abondante, mais surtout saine. Pour 35 centimes on peut s'y faire servir un repas complet.

Malgré tout ce confort, les prix proposés par la société resteront accessibles, entre 18 et 35 francs, grâce à la faible rémunération du capital social mais également aux efforts consentis par les entrepreneurs en raison de la valeur philanthropique de l'œuvre. L'entreprise reste quand même coûteuse, plus de 500.000 Francs. Pour y faire face, les dons et les actions ne suffisent pas. Cette dernière sollicite auprès de la société française de crédit des habitations à bon marché une demande d'emprunt. A ce jour, le compte n'y est toujours pas une nouvelle souscription est lancée ainsi qu'un appel aux dons.

En raison de l'exiguïté des ressources de la société, la bibliothèque du cercle ne peut être alimentée qu'à l'aide de dons. Or, déjà, de nombreuses maisons d'édition ont offert des volumes, et bien d'autres personnes se sont généreusement employées pour enrichir cette naissante bibliothèque, au profit de nombreuses jeunes filles et jeunes femmes qui fréquentent le cercle féminin. Le bel édifice réalisé par M.Bliaut et qui s'élève au 41 rue de Lille à Paris rapelle les constructions de New-York et Londres.

 

L'illustration Juillet 1905, Le monde illustré 1906

 

 

 


 

 

Saga Menier