Vous suivrez deux années de compte-rendu des comités de direction allant de 1929 à 1931
dans l'ordre chronologique des événements. Il réunit chaque soir les principaux membres
de la direction de l'usine : Jules Logre, Ternois chef comptable, Paulme chef du personnel,
Bordenave ingénieur et directeur adjoint, Gugnot, Colas et Dupuis le régisseur général des domaines.
Durant une demi heure à trois quart d'heure, ils évoquent et débattent des problèmes liés à la production
puis des affaires courantes à la mairie, de la cité, des fermes des Menier. Un résumé est consigné
dans un registre à chaque fin de réunion. Ces quelques lignes sont destinées particulièrement
à Henri et Gaston Menier qui, durant leur visite, prennent connaissance du rythme et des affres de la production
(approvisionnements, stocks, ... ) et des moindres faits ou difficultés posés par leurs ouvriers -mandataires- débiteurs.

Outil de production
La cité Menier
Les acteurs de la chocolaterie et de la cité
Chocolaterie et fonctionnement
6 juin
1929
Personnel

 

J'ai l'honneur de vous informer que ce matin à 7h30mn, avant de prendre leur service, les ouvriers du brûloir ont demandé, d'une façon très calme et très correcte, à Loth, leur chef d'atelier, de vouloir bien, pour eux, solliciter auprès de moi une augmentation de salaire en raison de la vie de plus en plus chère et des charges que la loi sur les assurances sociales va leur imposer prochainement. Loth a accepté de me transmettre leur réclamation et m'en a rendu compte aussitôt.
D'un autre côté, j'ai su que les ouvriers de l'emballoir avaient l'intention d'en faire autant, de même que les layetiers et les ouvrier des métaux. La dernière augmentation date de Mai 1926. Pour vous permettre de prendre une décision, je vous rappelle que fin Avril 1926 l'indice du coût de la vie était de 503 alors que fin Avril 1929 il était de 615, soit 22% de plus.
J'ai dit à Loth : répondez à vos hommes que je transmettrai leur demande à Messieurs Menier.

AVIS

En raison de l'augmentation (constante) du coût de la vie,
Messieurs Menier ont décidé qu'à partir du 1er juillet 1929
il serait accordé au Personnel de Noisiel et des dépendances
une augmentation du prix de l'heure de :
- 25 centimes pour les ouvriers adultes
- 20 centimes pour les jeunes ouvriers de moins de 18 ans
- 20 centimes pour les ouvrières

 

14 septembre 1929
Maisons ouvrières

 

L'entrepreneur Tombu et l'architecte Dematons ont présenté cet après-midi sur la place, à Torcy, le piquetage des 24 logements ouvriers de la Place du jeu de Paume et des 16 logements à la suite du square, entre la voie ferrée et le Ru Maubué, à Monsieur Jacques Menier.

 

13 Octobre 1929
Service religieux

 

Je vous retourne la lettre de l'abbé Canu, curé de Torcy.
Pour le service religieux des 2e 3e 4e Dimanche ( le 1er Dimanche la messe n'est pas dite) Madame Bordenave commandait elle-même aux écuries une voiture pour prendre le Curé de Torcy et le reconduire après l'office à son presbytère.
Il n'y a jamais eu de service officiel commandé pour lui. Madame Bordenave ayant quitté la localité, personne ne s'est occupé à sa place de la voiture du desservant. Le bail avec Monsieur Miramon ne stipule aucune obligation de votre part à ce sujet. Le service religieux de Noisiel a toujours été rattaché à Champs. La location de l'ancien presbytère à l'usine n'a rien à faire avec ce service. 2 chapelains, l'abbé Thériez et ensuite l'abbé Tévenard, ont occupé la maison quelques années, le presbytère était inoccupé quand vous l'avez loué et transformé pour Monsieur Bordenave.
Mr le Curé de Torcy possède une bicyclette sur laquelle il a adapté un moteur. Il s'en sert en semaine pour les différents offices payants (messes de mariages, enterrements).
Je vous prie de me faire connaître si nous devons chaque Dimanche commander pour lui un service régulier.

 

13 Octobre 1929
Service religieux
(suite)

 

A la suite d'un entretien rue de Chateaudun avec Mr Gaston Menier, il a été répondu le 24 décembre 1929 par Paris, à Mr l'abbé Camu, Curé de Torcy et de Noisiel :
Monsieur le Curé,
Nous avons examiné la demande que vous nous faites dans votre lettre du 8 décembre 1929.
Étant donnés votre âge et les infirmités que vous invoquez, nous consentons, à titre temporaire et sans que cela puisse créer un précédent, à mettre une voiture à votre disposition pour le service religieux de Noisiel. Mais nous pensons que pendant la belle saison il vous sera possible d'utiliser la motocyclette dont vous faites usage, afin de ne pas déranger notre personnel, car c'est un service onéreux que nous devons organiser.

 

16 Octobre
1929
Caraques supérieurs

 

Je vous prie de me faire envoyer par un prochain bateau les 49 sacs Caraque N°1 que vous avez en entrepôt. Si vous pouviez vous procurer des Caraques supérieurs (Porto Cabello ou autres) pour améliorer les bagatelles, excellence et surfin, qui ont trop baissé de qualité, vous seriez bien aimable de nous en envoyer.

 

30 Octobre
1929
Coques de Cacao

 

Messieurs les administrateurs de la société anonyme du Chocolat François Meunier, 149 rue Fazillan, à Levallois-Perret.
Messieurs, en réponse à votre demande du 24 Octobre je vous informe que nous ne nous servons pas de presses pour les coques de cacao. Nous éprouvions de la difficulté en ensachant les coques 'tout venant' (grosses et petites) sortant des tarares pour en faire tenir 50 kg dans une balle à cacao. Nous les avons broyées et nous sommes arrivés au but visé : réduire leur volume. A votre disposition pour tous autres renseignements.

 

21 Février 1930
Personnel


La fameuse journée de chômage du 06 préconisé par les Communistes n'a eu aucun effet ici. La gendarmerie a surveillé les cheminots de Vaires.

21 Février 1930
Rialta et Rialta Lait


Rialta (dans l'Ile)
: raffiné à la broyeuse Lehmann. Conchage à la conche Lehmann à 60° pendant la charge et jusqu'à 4 heures de durée, ensuite chauffage à 90° pendant 1h30 avec soufflerie pendant 20 mn, enfin pâte refroidie à 45° en laissant tourner 1h30, soit 7 heures de conchage.

Rialta au lait (Bâtiment sur l'eau) : conché 4 heures avec 600 k à la Sopa et 3 heures à la Baker avec 200 k. Les 2 conches marchant ensemble, le travail est moins parfait que pour le Rialta, le raffinage n'est pas aussi bien fait.


14 Mai
1930
Personnel

 

Des affiches de la CGTU ont été collées à différents endroits de la cité par Convert hier soir. Des tracts ont été distribués par lui à la sortie de l'usine. Le personnel est invité à se rendre à 6 heures à une réunion chez Thomann. Orateur annoncé : Monceau (?)

 

17 Mai
1930
Personnel

 

La réunion chez Thomann hier soir a été ce que nous escomptions, un fiasco complet.
Dès le début, 75 à 80 jeunes gens, curieux et spectateurs, étaient autour de l'orateur de la CGTU (Monceau) qui a répété ce que d'autres ont dit avant lui "que les maisons ouvrières à bon marché, les médecins, étaient un fil à la patte pour eux afin de diminuer leur prix de l'heure, qu'ils devraient s'affranchir de tout cela et de la tutelle patronale. Vous avez des salaires dérisoires. Nommez des délégués d'ateliers et sans tarder, dès Lundi, présentez un cahier de revendications. Puisque vous êtes réunis ici, nommez tout de suite vos délégués"..... Appel sans écho. Le vide s'est fait et la conférence s'est terminée par un exposé des théories soviétiques. A remarquer : pas d'ouvriers de Noisiel, les assistants étaient de Torcy et de Champs.

 

26 Mai
1930
Direction
Monsieur Jacques de Valder, sous-directeur de l'usine, a été trouvé ce matin, lundi, pendu sous le kiosque de son jardin. L'inhumation s'est faite à Noisiel le mercredi 28 Mai 1930.
31 Mai
1930
Assurances
sociales

 

Un bordereau de 704 déclarations d'emploi (hommes) y compris les retraités (56) 60 à 65 ans (usine) ;
Un bordereau de 783 femmes au dessous de 60 ans (usine) ;
Un bordereau de 52 hommes et 10 femmes (domaine) ;
Un bordereau de 51 hommes et 12 femmes (fermes) ;
En tout 1 612 portées par moi à 3 heures à la préfecture de Melun. Les employés sont inscrits dans les 704
(sauf Mr Le Sénéchal, Paulme, Gallois, Couturier).

 

2 Juin
1930
Restaurant

 

Le 1er Juin 1930 Mr et Mme Lintilhac, remplaçant Mr et Mme Thomann, ont loué à bail pour 3, 6, ou 12 ans, à partir du 1er Juin 1930, le restaurant Nord moyennant le loyer annuel de 4000 fr., payable par trimestre échu.

 

2 Juin
1930
Chocolats
supérieurs

 

Je vous prie de noter d'envelopper de Cellophane, au lieu de papier cristal, les tablettes chocolat de 125 et 250 grammes des qualités supérieurs, c'est-à-dire : Surfin Supérieur Santé, Surfin Santé, Excellence Santé, Surfin Vanille, Excellence Vanille. Le reste du paquetage de ces sortes supérieures demeure sans changement.

 

17 juin
1930
Avalanche d'eau sur Noisiel

 

Hier, à 20h30 et pendant 2 heures 30 à 3 heures sans discontinuer, un gros orage a éclaté sur Noisiel et les environs. Les eaux de la plaine du buisson et des 4 pavés ont ravagé les routes de la cité remplissant les caves au passage et ravinant les trottoirs. Le ru Maubué, insuffisant pour la masse d'eau qu'il avait à recevoir et canaliser, a débordé dans beaucoup de jardins de la rue des Ecoles. Les classes des écoles avaient 20 mm d'eau. Madame De Vadder, Couturer, le Dr Cerisier, et autre sur le même plan, ont eu non seulement leur cave pleine mais 70 à 80 mm d'eau dans le rez-de-chaussée, eau vaseuse, véritable limon. Beaucoup de locataires ont perdu leurs lapins et poulets, l'avalanche de pluie ne leur ayant pas laissé le temps de les enlever. Entre la grille d'honneur et le bûcher, la poussée d'eau a couché une quarantaine de mètres de mur du parc, la pente a emmené l'eau rapidement vers la Marne, ravinant les prés et les allées, remplissant de cailloux et de graviers la cour des grandes écuries et renversant à deux endroits le mur de clôture du parc sur le chemin de halage. Les sous-sols du Grand Château ont reçu aussi une partie d'eau. A l'intérieur de l'usine, une partie du quai en face le porche de la gare s'est détachée et est tombée sur le bateau "Général Duchesne" mettant la péniche et les mariniers en mauvaise posture : la charge de pierres éboulées la faisant pencher d'un côté. Pochet, marinier, sa femme et ses deux enfants ont été enlevés au moyen d'échelles. Une partie du mur et de la grille (partie Nord-Ouest) de la maison de retraite s'est écroulée sur le trottoir de la route départementale, quelques pans de mur des jardins du haut de la cité sont tombés par la poussée d'eau, les trottoirs, les bordures, dans les trois rues sont effondrés. Une trentaine de mètres du grand mur de soutènement des terres du parc entre le petit Château et les écuries sont tombés sur la route allant à la Marne. La voie ferrée a subi de sérieux dégâts, le ballast a filé entraînant les traverses, les rails sont suspendues. Des traverses amenées au rû par le courant ont été ramassées dans certains jardins de la rue des Ecoles. La voie est défoncée jusqu'au-delà de la Malvoisine. Dans l'usine même, rien à déplorer, rien de grave. Les gouttières, les chéneaux, les égoûts ont bien fonctionné. Quelques bobines de papier ont été mouillées à la réserve de l'imprimerie, quelques caisses de bâtons ont été humidifiées sur une faible hauteur. A Champs, la partie Nord-Ouest de la grille de clôture des maisons de retraite s'est renversée sur le trottoir. Nous allons organiser un service pour les expéditions,la voie nécessitant le restant de la semaine pour la remise en état. Le dépôt de Paris devra nous prêter des fourgons et des sterling.


18 juin
1930
Avalanche d'eau sur Noisiel

 

En attendant mieux, nous conduisons par camions du chocolat à Emérainville où une partie des hommes de la cour le charge en wagons. 15 cheminots de l'Est on été mis à notre disposition ce matin. A 9 heures ils ont commencé à travailler à Malvoisine. Le déblai des vases et gravier a été poussé très activement hier à la cité. On a commencé à vider les caves d'eau boueuse. Les trottoirs ravinés sont rebouchés en partie. Nous verrons clair ce soir. Il ne restera plus que le gros lot : la voie ferrée, les murs à remonter. La préfecture a téléphoné pour que nous assurions nous-mêmes le service de désinfection. Louis Logre a été prévenu de préparer de suite une liste des habitants les plus éprouvés pour des secours à demander, si cela en valait la peine. L'instituteur secrétaire Bagreaux avec le garde doivent s'en occuper cet après-midi.

 

19 juin
1930
Avalanche d'eau sur Noisiel

 

La cité reprend sa tournure habituelle. Les rues sont dégagées. Chaque locataire remets sa demeure et son jardin en ordre. Les caves se vident, les boues et sables s'enlèvent. Une compagnie de Sapeurs du 5eme génie demandée par Monsieur Gaston Menier et annoncée hier au soir ( 3 officiers,12 sous-officiers, 170 sapeurs) est attendue. Le détachement a dû partir à 7h54 de Versailles et arriver à Noisy-le-Sec à 10h57 pour être ensuite dirigé sur Emérainville. Comme convenu avec le Capitaine commandant, un repas chaud sera préparé par nos soins pour ce soir. Campement au Buisson, pour les sous-officiers et les sapeurs, les 3 officiers au Grand Château. L'équipe de l'Est est de nouveau au travail sur la voie.

 

21 juin
1930
Avalanche d'eau sur Noisiel

 

A 9h30 la Meuse avec 3 wagons pleins et 1 vide a franchi la partie de la voie recalée. On a mis 30 minutes pour aller à Emérainville. Tout s'est bien passé. La locomotive est redescendue avec 1 wagon chargé et 3 wagons vides. Cet après-midi on conduira en gare les 2 wagons pleins restants. 120 permissionnaires de la Compagnie de sapeurs prendront tantôt le train de 13h29 à Vaires. On fera ce soir une séance de cinéma aux soldats restants. Lundi ou mardi 2eme séance avec un autre programme. A la cité, remise en état des trottoirs, enlèvement de la vase des caves chez le docteur Cerisier et autres.


23 Juin 1930 : 40 des sapeurs pompiers sont venus aux douches de 13 à 17 heures samedi
26 Juin 1930 : Le capitaine a demandé 3 wagons pour samedi matin, première heure, pour charger son matériel. Le nécessaire sera fait.
28 Juin 1930 : Le détachement de sapeurs pompiers du 5eme génie est parti du Buisson ce matin.

 

28 juin
1930
Complément aux retraités

 

Décision de Messieurs Menier en date du 26 juin 1930.

L'allocation de 1frs50 par jour aux retraités est supprimée pour les retraités de 1930 et des années suivantes.
Elle est remplacée par une allocation annuelle, payable par trimestre, dont le taux est indiqué ci-après
pour les retraités de 1930 :
- Ouvriers et ouvrières ayant plus de 40 ans de service : 520
- Ouvriers et ouvrières ayant de 30 à 40 ans de service : 480
- Ouvriers et ouvrières moins de 30 ans de service : 440
Cette indemnité sera fixée chaque année pour les retraités de ladite année. Les retraités qui n'ont pas été à même de bénéficier de l'allocation accordée par l'état (ceux d'avant 1910) recevront 50cts le 30 juin pour la période Janvier-Juin 1930.
A partir du 01er juillet, cette allocation est portée à 50 cts par trimestre.

 

1 Août
1930
Légion
d'Honneur

 

Rentré hier après-midi à Noisiel, j'ai repris mon service ce matin. J'ai appris en arrivant par une lettre du Ministre du Commerce qu'à la date du 25 Juillet 1930 j'avais été promu Chevalier de la Légion d'Honneur. J'ai su également par Lemoine que dimanche dernier à la distribution des prix à Noisiel vous aviez, en termes très élogieux pour moi, annoncé ma nomination.
Je vous renouvelle tous mes remerciements pour les démarches que vous avez faites et vous prie d'agréer, Monsieur, l'assurance de mes sentiments tout dévoués.
Edouard Paulme


A Monsieur Gaston Menier, Paris

 

23 Août
1930
Cameroun
fermentée

 

Sur l'ordre de Monsieur Gaston Menier, du cacao Cameroun servant pour le cacao B a été mouillé dans un bac tôle pendant 24 heures, puis remis en sacs, recouverts de toiles, pour faire subir au cacao une deuxième fermentation pendant 96 heures. La température c'est élevée à 61°. étalé sur des toiles en couches minces, dans la cour bitumée du brûloir, il a fallu 5 jours complets pour sécher à l'air libre en renouvelant les surfaces toutes les heures avec un râteau.
Torréfié et broyé, il a été fabriqué du chocolat formule "fin santé" 38X62 avec le Cameroun fermenté exclusivement et, pour comparaison avec du Cameroun ordinaire pris dans le même lot que celui qui a reçu un traitement spécial.
Mr. Gaston Menier a trouvé le Cameroun refermenté supérieur à l'autre, meilleur goût, moins amer. Par l'immersion le cacao avait augmenté de 20% de volume. Après le fermentation le cacao a été remis dans le bac et rincé dans plusieurs eaux pour le débarrasser du mucilage visqueux de l'extérieur : c'est après ce rinçage qu'il a été étalé au soleil dans la cours du brûloir et rentré la nuit à l'intérieur du brûloir pendant cinq jours.
Mr. Gaston Menier a demandé d'essayer de gagner du temps. Un 2eme essai a été effectué : 500kg Cameroun ont été trempés pendant 2 heures seulement et soumis à la fermentation pendant 48 heures. Après 2 heures dans l'eau le cacao avait absorbé 194 litres d'eau. A la dernière heure de fermentation le thermomètre marquait 57°. Comparé au 1er essai, il y avait pour le deuxième traitement un gain de 22 heures sur le trempage et de 48 heures sur la durée de fermentation. Exposé dans la journée aux rayons du soleil (moyenne 41°) le cacao n'a mis que trois jours au lieu de cinq pour sécher au même degré que pour le premier essai. Par séchage, j'entends "grain se cassant en le tordant entre les doigts".
Du Cameroun 1er essai a été solubilisé. Un échantillon de ce solubilisé a été envoyé à Mr. Gaston Menier avec du cacao B courant pour comparaison. Trempé dans le bac spécial pendant 18 heures après avoir subi préalablement une cuisson de 15 minutes pour débarrasser le grain de sa coque et le concasser, le Cameroun est égoutté et encore humide, porté dans la broche pour le torréfier. C'est ainsi qu'a été préparé l'échantillon ci-dessus.
" Je trouve plutôt nuisible cette façon d'opérer : j'estime mauvais de torréfier à plein feu du cacao sans sa coque et encore mouillé, c'est de là que vient à mon avis, le goût désagréable signalé par certains clients. Le contact direct avec la broche, les gaz s"échappant du coke du foyer, la cuisson dans une vapeur d'eau, provenant du cacao et se noircissant en touchant le cylindre, tout cela est plus ou moins retenu par les grains concassés et décortiqués et je m'explique l'amertume de laquelle on se plaint pour ce cacao cuit à l'étouffée"
Pour parer aux inconvénients ci-dessus j'ai prescrit un essai : prendre du cacao Cameroun refermenté, sec, le tremper avec sa coque dans le bain de carbonate de potasse le temps habituel, l'égoutter, le sécher, et procéder ensuite comme pour les autres sortes de cacaos : le torréfier, le concasser, le broyer à part, le presser et voir après concassage et blutage du tourteau, quelle couleur et quel goût aura la poudre ainsi traitée. L'essai a été très concluant : le cacao solubilisé avec sa coque a un bel aspect, à la torréfaction une odeur agréable se dégageait de la broche, au concassage encore la bonne odeur s'est maintenue ; quant au goût il ne laisse dans la bouche aucune amertume, aucun picotement. L'inverse se remarque avec le procédé de décortiquer avant le trempage dans l'eau carbonatée et à la torréfaction avec le grain concassé solubilisé encore mouillé.
Monsieur Gaston Menier a décidé le 6 septembre 1930 que le Cameroun devant servir à la préparation du "cacao .B" serait ainsi traité : 2 heures d'immersion post-fermentation, séchage, solution carbonate de potasse, séchage (torréfaction et opérations suivantes courantes). La vente actuelle étant de 9 à 10.000kg par mois de cacao B c'est donc 12.500 kg Cameroun en grains à travailler par mois, soit 500 kg par jour. L'été le travail de post-fermentation est facilité par la température, de même que les séchages successifs. L'hivers, il faut une assez grande surface couverte, de la chaleur et une ventilation intense avec cheminées d'évacuation de l'humidité à l'extérieur. Pour le séchage de 1000 kg de cacao il faut 60 mètres carrés.


5 Septembre
1930
Harmonie

 

Le 25 Août 1930, Dezandes, chef de musique, a remis la note suivante : Demande d'augmentation des primes de présence données aux musiciens. La moyenne des séances mensuelles est de 10, soit 9 répétitions et un concert, le tout en dehors du travail de l'usine. Répétitions le mardi et vendredi, de 18h15 à 19h30. Concert mensuel le dimanche de 14h30 à 16heures.

Primes mensuelles actuelles
Proposition
Solistes, chefs de pupitres 25 cts
40 cts
Ripianes et 1er parties 20 cts
30 cts
Deuxièmes et 3 ème parties 15 cts
20 cts
Elèves sur les rangs 10 cts
15 cts
Primes de sortie hors Noisiel 5cts
10 cts
Dizandes, chef 200cts
250 cts
Pigneur, sous-chef 75 cts
100 cts

 

Discipline et sanctions : ces primes étant considérées comme primes d'assiduité il est retenu pour chaque absence
1/10 ème de la prime. Je propose que pour l'absence à un concert ou une sortie il soit retenu, sauf cas de force majeure, la moitié de la prime mensuelle.

NB : Avis a été donné à Dezandes que sa proposition était acceptée le 5 Septembre 1930 par Mr Sénéchal.
Le mois d'Août a été payé sur ces nouveaux chiffres.

 

29 Septembre
1930
Crue de la Marne

 

Dans les 24 heures hausse de 20 millimètres en amont et de 40 millimètres en aval.Il pleut encore et on annonce 50 millimètres de crue à Chalifert. Nous sommes à 35 millimètres de l'inondation intérieure. Nous avons mis les sucres
à l'abri (sur l'île) de même que les sucres à la confiserie, les cacaos dans l'atelier et dans les sous-sols du brûloir, la poudre de cacao et de chocolat dans les bluteries, les papiers en bobines à la réserve de l'imprimerie au bout du dressage. On relève les moteurs et générateurs électriques.

 

30 Septembre
1930
Jardins ouvriers

 

Désirant faire une révision des terrains mis à la disposition du personnel comme jardins ouvriers, la direction donne ordre aux chefs d'ateliers de demander aux ouvriers et ouvrières :
1- s'ils détiennent un ou plusieurs marais appartenant à Messieurs Menier.
2- La ou les communes sur lesquelles ils sont situés, l'endroit où se trouve chaque morceau cultivé par eux.
Pour faciliter l'emplacement, indiquer les voisins limitrophes ou le précédent locataire.

 

30 Novembre
1930
Contrôle horaire

 

Mise en place des appareils de contrôle des entrées et sorties du personnel.
Un régulateur Brillié a été installé au bureau du chef du personnel pour donner, par déclenchement électrique, l'heure uniforme à 11 pendules-pointeuses placées : 8 à l'entrée principale de l'usine et 3 sous le porche de la gare.
A droite et à gauche de chaque pendule 2 porte-cartes sont fixés au mur : l'ouvrier prend sa carte, la pointe et le replace dans le 2 ème porte-cartes, seules les cartes des absents doivent rester dans le 2 ème casier.
Le pointage a commencé le 1er Décembre 1930. Un avis a été affiché :
A daté du 1er Décembre 1930 tout le personnel devra pointer ses heures de présence à l'usine. Pour ceux qui suivent l'horaire normal c'est à dire : le lundi de 8h à 11h30 et de 13h à 17h30, les autres jours de 7h30 à 11h30 et de 13h à 18h, le samedi de 7h30 à 11h30, il suffira de pointer seulement au moment de la rentrée.
Ceux qui ont un horaire de travail différent devront pointer à la fois leur entrée et leur sortie, par exemple ceux qui sortent à midi, à 7h et les hommes de nuit. De même si quelqu'un s'absente au cours du travail pour une question personnelle quelconque (docteur, dentiste, enterrement) avec un bon régulièrement signé, il devra pointer sa carte à l'heure de sortie et la remettre au concierge avec son bon de sortie. Si quelqu'un essaie de frauder en pointant une autre carte que la sienne, il s'expose à être mis immédiatement à la porte. La comptabilité ne paiera que les heures réellement pointées et dont leur carte fera foi. Ceux qui oublieraient de pointer perdront le temps correspondant.
Il est à noter qu'en appuyant sur le levier de la pendule il faut appuyer à fond pour que la cloche tinte sinon la carte n'est pas imprimée. Au premier coup de sirène un quart d'heure avant l'heure, préviendra le personnel de l'ouverture des portes de l'usine. Un deuxième coup 5 minutes avant préviendra le personnel de faire diligence pour atteindre son atelier. Un troisième coup à l'heure juste indiquera le moment exacte de la mise en route.
A ce moment chacun devra avoir quitté son vestiaire et être au travail. Au moment de la sortie un coup de sirène 3 minutes avant l'heure indiquera pour tout le monde, sans exception, le moment de quitter le travail pour se laver les mains et s'habiller. Personne avant le coup de sirène ne devra avoir quitté sa place. C'est la une tolérance qui n'existe d'ailleurs pas en général dans les autres usines où l'on ne doit quitter son travail qu'à l'heure juste.
A l'heure juste un coup de sirène annoncera la sortie. Les infirmes et le femmes enceintes auront l'autorisation de sortir au 1 er coup de sirène avant la sortie, c'est- à- dire 3 minutes avant l'heure.
Les rentrées en retard feront l'objet d'une retenue sur la paie sur les bases suivantes :
0 à 5 minutes - 1/4 d'heures
5 à 15 minutes - 1/2 heures
A titre exceptionnel, pendant la première semaine d'application de ce règlement et pour permettre à chacun de s'y adapter avec une bonne volonté dont elle ne doute pas, la direction ne fera aucune retenue.
Toutes ces retenues seront d'ailleurs versées à la caisse de secours mutuel du personnel de l'usine.

 

8 Décembre
1930
Production

 

Je vous donne ci-desous les chiffres qui vous permettrons de répondre à la demande N°5086 du directeur du ravitaillement départemental, intendant militaire de 3e classe, sur les industries alimentaires, adréssé à la Mairie de Noisiel le 23 Octobre 1930.

Usine de Noisiel
Production annuelle actuelle
15000 tonnes
Production possible maximum
18000 tonnes
Cacao (pour 18000 tonnes)
8500 tonnes
Sucre ("")
11500 tonnes
Vanille ("")
2 tonnes
Combustible
5000 tonnes
Peuplier (emballage)
4000 tonnes
Papiers ("")
300 tonnes
Aluminium ("")
100 tonnes

 

15 Décembre
1930
Contrôle horaire

 

Après l'essai de 15 jours qui vient d'être fait pour permettre à chacun de s'y habituer et de connaître son numéro, à dater du 16 Décembre le personnel est prévenu que toute paye sera strictement calculée sur les indications des fiches de pointage. Chacun devra donc faire attention à bien prendre son numéro et non celui d'un autre.
Toute erreur involontaire devra être immédiatement signalée à Mr Rio qui surveille les entrées, pour rectifier s'il y a lieu

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25 Mars 1931
Demande personnelle

Adressée au bureau N°9 boîte postale N°188 Paris.
A Monsieur René Lapierre, Secrétaire général de la Société Nationale d'Encouragement au Bien.
Monsieur le Président,
J'ai l'honneur de solliciter de votre bienveillance une récompense honorifique de la Société Nationale d'Encouragement au Bien si vous jugez que mes états de services, dont le détail ci-contre, sont dignes de retenir votre attention.
En vous remerciant à l'avance du bon accueil que vous aurez bien voulu réserver à ma demande je vous prie d'agréer Monsieur le Président, l'assurance de ma considération la plus distinguée.
Paulme Édouard, né à Noisiel le 3 Janvier 1864. Entré comme petit employé aide comptable à l'usine de Monsieur Menier, fabrique de chocolat, le 3 Décembre 1877 ; tout en complétant mon instruction, j'ai occupé successivement et sans interruption les emplois de : comptable - secrétaire du Comité de Direction en Février 1890 - directeur du dépôt de l"usine à Paris de Janvier 1894 à Mai 1901 - rappelé à l'usine de Noisiel le 10 Mai 1901 pour prendre la direction du Personnel et de la fabrication, de la comptabilité, des institutions patronales (cité ouvrières, caisse de secours, caisse d'épargne, caisse de retraites) pendant 28 ans.
Nommé le 1er Juin 1929, Directeur de l'usine de Noisiel.
J'ajouterai, à titre de simple renseignement, que mon père a été pendant 18 ans chef de service dans cette même maison Menier, ainsi que ma mère, chef de service également pendant 53 ans. De plus mon grand père a débuté avec la maison Menier à sa création en 1865 (chef de fabrication).


     

 

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Rédaction : Edouard Paulme chef du personnel

 

 

 

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