OU L'ÎLE DE L'ASSOMPTION

La traversée de l'Océan ne fut pas aussi facile et aussi rapide pour Jacques Cartier que lors du premier voyage. Trois vaisseaux.composaient l'expédition: la Grande-Hermine de cent à cent vingt tonneaux, la Petite-Hermine de soixante tonneaux et Vemerillon de quarante tonneaux. Le départ eut lieu le 19 mai 1535.../...Naviguant très prudemment au milieu des bancs de sable et des écueils, arguant leurs voiles et s'arrêtant chaque nuit, les trois navires suivirent d'abord les rivages septentrionaux du golfe Saint-Laurent, longèrent Une cote bordée d'îles, mais laide et triste, toute hachée et pierreuse, sans aucune terre ni bois, hormis quelques vallées. Le 15 août, jour de l'Assomption, ils découvrirent une grande île, qu'ils nommèrent île de l'Assomption et qu'on appelle aujourd'hui Anticosti.
Mais parlons de l'étymologie prétendant qu'Anticosti appartient à la langue des Montagnais du Labrador, peuple originaire du Québec. Mais la signification du mot leur est inconnue, les Montagnais l'ont toujours appelée: "Notiskuan", endroit où il vont chasser l'ours ou encore: "Natashkuan", endroit où l'on voit l'ours nager pour traverser la rivière, car "Natashkuan" est également le nom d'une rivière. D'autre prétendent que ce sont les espagnols ou les Basques qui venaient chasser la baleine à l'entrée du golfe, qui donnèrent ce nom à cette longue île parallèle à la terre ferme du Nord. Anticosti est un mot composé espagnol avec une petite altération à la finale, au lieu de costi, ce serait costa, côte, et anti, avant. Anticosti serait donc: "avant la côte". Cette version reste à ce jour la plus plausible.

 


Georges Martin-Zédé
En 1895, l'île d'Anticosti, qui appartient depuis le 3 juillet 1888 à une société dite" Governor and Compagny of the Island of Anticosti", est à vendre.
Un nommé Jules Despécher a signé une option d'achat. Il a publié à Paris une notice sur l'île d'Anticosti, sans doute pour trouver un acquéreur car il est âgé et a décidé de ne pas donner suite à son projet d'achat. De son côté, Henri Menier, a déjà exploré plusieurs îles, telles l'île Djerba en Tunisie et l'île du Levant près de Toulon ; il est à la recherche d'un endroit où satisfaire son goût d'aventure et son désir de liberté.
Jules Despécher éveille sa curiosité en lui parlant d'Anticosti, qu'il n'a jamais visité lui-même, mais qu'il décrit comme une île enchanteresse, dotée au surplus d'un port naturel.
Henri Menier est intéressé et s'inscrit comme acquéreur possible. Ne pouvant cette année là y venir lui-même, il charge son ami Georges Martin-Zédé, homme de loi et grand voyageur, d'une mission d'exploration facilitée par la réputation déjà bien connue d'Anticosti, si l'on en juge par la description D'Henri-Émile Chevalier dans son roman de 1863 ; Les requins de l'atlantique.

Boucanière pour fumer le saumon
Henri à gauche Gaston à droite

L'île est isolée du continent les mois d'hiver. La glace s'étend sur une distance de cinq à six milles au large des rives. De grands icefields ou champs de glace viennent souvent s'amonceler aux abords de l'île, poussés par les vents, ils forment ainsi une véritable muraille qui, par vent de terre, regagnent le large.

Roue à aubes alimentant la Villa

La mission d'exploration de Martin-Zédé durera 10 jours, du 12 au 22 juillet 1895, plusieurs expéditionnaires feront partie de l'aventure. La mission accomplie à bord de l'Euréka, il reste à rassembler ces observations et à les noter à l'intention de Henri Menier.Dans son rapport M. Paul Combes se chargera de modifier les idées reçues concernant l'inhospitalité des lieux.
"D'après l'impression général, l'île d'Anticosti était si peu connue que l'on peut faire table rase des documents rares, incomplets et fautifs que l'on possédait à ce sujet".
Comment évoquer ici l'état d'esprit de Martin-Zédé? Il doit vérifier dans sa tête l'origine géologique de cette île du golfe du Saint-Laurent à partir de ses formations rocheuses.
Martin-Zédé rève de chasse certes, mais aussi d'agriculture d'exploration forestière, de pêcherie, d'énergie électrique, bref d'une entreprise qui dépasse largement le simple espace de liberté auquel avait songé M Menier pour lui et ses amis.

Il reste à finaliser l'achat, le contrat (au montant de 125.000/160.000 dollars suivant les sources) est passé à Québec le 16 décembre 1895 devant le notaire William Noble Campbell. L'acte de vente fut enregistré à Tadoussac, le 21 décembre de la même année. Ainsi, un grand industriel francais réalisait son rêve de posséder une île où se reposer de ses nombreuses obligations d'homme d'affaires et où recevoir ses amis dans un paradis de chasse et de pêche incitant au plaisir et à la détente.

Baie-Ellis
Il faudra maintenant se mettre à l'ouvrage et construire à English Bay les bâtiments suivants : entrepôts, magasins, atelier mécanique, hôpital, hôtel, école, poste, scierie, abattoir, boucherie, boulangerie.
Il voit à recruter un médecin qui consentirait à résider sur l'île en permanence, ainsi qu'un contremaître pour la surveillance des travaux.
Il est bien entendu que tout chef de service devra être Francais. Nous sommes bien à l'époque de la France coloniale qui n'a rien à apprendre des gens du pays et tout à leur montrer.

Le Savoy

Il reste de toute urgence à conclure l'achat d'un navire pour le transport des marchandises entre l'île et Québec qui allait être le port d'attache. Menier et Zédé trouvent à Londres le bateau qu'ils cherchaient.
Ce sera le Savoy sorti des chantiers de Glasgow, d'une capacité de 300 Tonneaux pour une vitesse de dix noeuds. Menier l'achète pour 130.000 francs, livrable au Havre.
Destination Anticosti, le Savoy est chargé du matériel dont les contracteurs auront besoin : rails de chemin de fer, plates-formes, wagons, machinerie agricole, tombereaux, camion, outillage complet pour les ateliers mécaniques et la forge. le Savoy bat pavillon britannique pour éviter des frais énormes à payer pour la navigation .Henri Menier s'adressa au département de la marine et des pêcheries pour obtenir un capitaine de vaisseau, M.J-Bt Bélanger lui fut désigné.


M.J-Bt Bélanger

Henri Menier s'assura des services de M. Lucien-Oscar Comettant en tant que Gouverneur de l'île. Né à New-York en 1853, il fait ses études au lycée de Versailles où il est considéré comme un excellent élève. Pendant la guerre de 1870, âgé de 17 ans seulement, il contracta un engagement volontaire et servit aux côtés de son père, engagé comme lui, dans l'armé de Paris. Il supporta les horreurs du siège et livra combat durant la fameuse sortie du 19 janvier 1871 à Buzeval.
Officier au service de la Compagnie Transatlantique pendant 16 années en qualité de commissaire, il avait effectué plus de 340 fois la traversée de l'Atlantique-Nord et s'était illustré lors de l'incendie à bord du paquebot "La Champagne", le 4 janvier 1890. A ses heures, M. Comettant, qui était très bon musicien et qui a fondé la fanfare d'Anticosti est aussi compositeur et habile musicien. Henri Menier aurait pu difficilement se passer d'un homme de se tempérament, aux débuts d'une entreprise qu'il tentait avec tous les risques que cela induisait


Lucien-Oscar Comettant

Henri Menier, devenu seul propriétaire de l'île, invite tous les habitants à lui vendre leurs propriétés, maisons, terrains et autres et à devenir des locataires à qui il sera fourni du travail et un salaire pendant toute l'année. Certains vendent et gagnent ensuite la côte nord. La plupart opte pour cette sécurité à laquelle ils n'étaient guère habitués. Henri Menier établit sur sa propriété un règlement qu'il souhait voir appliqué, surtout celui concernant la chasse. Tous les ans il achète, à grands frais, des castors, des caribous et autres mammifères, pour peupler les lacs, les rivières et les forêts de son île; il en défend naturellement la chasse. Mais quelques familles de la baie aux Renards refuse de se soumettre au règlement et veulent continuer chasse et pêche à leur gré. Henri Menier leur demande de quitter l'île moyennant indemnisations, Il charge Alfred Malouin, demeurant sur l'île depuis 25 ans de lui faire un rapport d'expertise sur la valeur immobilière des familles de la baie. MM.. Georges Cabot et John Ellison également furent mandatés
Leur rapport conclut après examen que les cahuttes ne valent pas plus de 30 à 40 dollars. Sur ces données, M. Menier fit offrir 130 dollars pour chaque cabane et de transporter gratuitement les familles où elles désiraient.
Ce sont les rivières et leurs abords qui suscitent le plus d'intérêt à condition que des hommes les débarrassent des arbres tombés qui obstruent le passage. Le lit des rivières est en général formé de roches plates usées par les glaces où les chevaux ferrés à crampons, été comme hiver, sont à l'aise. Les embouchures des rivières apparaissent à M. Menier comme d'excellents endroits pour établir colons, gardes-chasse, pêcheurs, trappeurs, bucherons. Le sol d'aluvion d'excellente qualité pourra se prêter à toute culture maraichère. L'eau y coule en abondance et souvent se précipite en chutes ou cascades, source éventuelle d'énergie électrique. M. Menier est persuadé que la colonisation doit être amorçée aux embouchures des rivières. On y construira des maisons pour les gardes-chasse et on y défrichera l'espace d'un potager.
Pour former leur cheptel et leur basse-cour, les gardes auront des vaches, des porcs, des canards, des pigeons et des poules. Ils saleront la morue et le saumon.


Madame Georges Menier

Les instructions d'Henri Menier à M.Martin-Zédé mûrissent au cours de l'hiver 1898-1899 ; le centre principal de l'île sera Baie-Ellis et l'aménagement du port doit être réalisé le plus tôt possible. Les nouvelles de la dernière saison hivernale sont bonnes : pas de maladie, la chasse a été excellente, les habitants ont eu beaucoup de travail.


Villa Menier

L'automne 1899 est occupé à étudier les plans soumis par Jacquemard relatifs à l'aménagement du futur village de Baie-Ellis. Une voie ferrée reliera les magasins, les entrepôts et les ateliers au quai et au débarcadère du Savoy. Cela simplifiera le transport des passagers.

La construction de la villa de M. Menier demande réflexion. Il faut chercher un emplacement avec une vue imprenable sur la mer, assez vaste pour que la villa soit entourée d'un parc, de préférence à proximité d'un lac ou d'une rivière.
Les plans d'une villa de style norvégien ont été commandés à l'architecte de Noisiel, Stéphen Sauvestre qui les a redessinés à partir des recommandations de M. Menier. Il s'agira d'une immense résidence avec hall de réception, cheminée en marbre, grande salle à manger, 9 chambres à coucher avec salle de bains, appartement pour les propriétaires au rez-de-chaussée, grand escalier allant à l'étage et un plus modeste pour le 2ème étage qui logera 2 chambres pour des invités et 4 pour les domestiques. Au 3ème étage sont prévues une lingerie, une infirmerie à deux lits, avec balcon.


Hôtel
Dès le printemps 1900, on commence à Baie-Ellis la construction des bâtiments : le magasin général et le premier des 2 entrepôts. La place bâtie sur ses 4 faces, est traversée par 2 rues en diagonale. Au centre, on plante un grand mât pour le pavoisement et l'émission de signaux aux navires en rade.

M-Zédé Napoléon Martin
Mme Georges Menier
Le 25 mars 1900 un tremblement de terre secoue Anticosti à 22 h 10. La secousse a été ressentie à la même heure à Baie-Sainte-Claire. Quoique de faible intensité et de courte durée, cette vibration sismique n'en a pas moins déplacé divers objets.

Henri Menier à la pêche au saumon
Pour la première fois, un autre membre de la famille Menier se rend à Anticosti : il s'agit de Georges Menier, neveu de Henri, qui vient avec ses amis pour une partie de pêche à la rivière Jupiter. En huit jours, ils prennent 55 saumons. Pour sa part, Henri Menier tue un ours de belle taille et plusieurs oies sauvages. La rivière Jupiter sera le théâtre de toutes les parties de pêche qui se multiplieront sur l'île durant ces quelques 30 années de présence Menier à Anticosti.
On a construit sans arrêt à Anticosti depuis 1896 et on le fera encore au lendemain de la mort d'Henri Menier. Dès l'automne 1903, la villa Menier est couverte d'ardoise. Les murs sont achevés et les ouvertures en place.
En 1905, le grand chocolatier n'est pas homme à bouder le progrès. Il commande de Paris la première automobile à être introduite sur l'île, une Panhard 12 chevaux. Toute la population peut admirer cette nouvelle machine dans laquelle chacun souhaite faire une randonnée.
En 1911, Monsieur Menier retarde son voyage sur l'île en raison de son mariage en Juin avec Melle Hélène Thyra de Seillière, fille du baron Haymond de Seillière. Il n'arrive qu'à la fin du mois d'Août avec sa nouvelle épouse.
Huit jours après le retour à Anticosti, la neige commence à tomber. M. Menier hâte son départ après avoir donné ses dernières instructions. Ce sera le dernier voyage d'Henri Menier à Anticosti. En 1912, il est empêché d'y venir.
Le 06 Septembre 1913, M. Martin-Zédé reçoit un câble de Paris lui annonçant le décès d'Henri Menier. La consternation est générale. Rien n'avait laissé prévoir une fin aussi subite. Que deviendra l'île ?

Mme Georges Menier
tenant le gouvernail de la vedette Joliet

La mort d'Henri Menier suscite un grand émoi sur l'île, mais aussi chez toutes les personnalités du monde de la politique et des affaires avec lesquelles Henri Menier avait noué d'excellentes relations.
Le sort de l'entreprise d'Anticosti était désormais entre les mains des héritiers : son épouse, Thyra Seillière et Gaston Menier.
Gaston Menier était un grand voyageur, tout comme son frère Henri. Il savait peu de choses de l'entreprise de son frère qu'il jugeait déjà extravagante. Hélène Thyra Seillières s'est désistée de ses droits sur Anticosti, de sorte que Gaston est devenu le seul et unique propriétaire. En 1914, il décide d'opérer au ralenti les homarderies pour ne répondre qu'aux besoins de la consommation locale seulement. Il ne renouvelera aucun contrat de bois au terme de ceux qui sont en cours.
M. Martin-Zédé avait projeté une usine de pâte chimique, un centre de pêcherie, un grand hôtel pour touristes, une cimenterie, une fabrique de bière... toutes ces promesses de rentabilité et de succès, tout cela s'était effondré. Venait de prendre fin le règne d'Henri Menier qui avait soulevé tant d'espoirs. Il n'y aura, pour deux ans, aucun congédiement du personnel. Gaston Menier s'engage à financer l'entretien des bâtiments et les réparations urgentes. Pendant que Gaston Menier confère à Baie-Ellis sur les conditions de vente d'Anticosti, la guerre est déclarée en Europe. C'est le 2 août 1914 que M. Gaston Menier regagne aussitôt la France.


Mme Georges Menier

Sources:
Lionel Lejeune "Epoque des Menier à Anticosti"
Mgr Charles Guay "Lettres sur l'île d'Anticosti"

 

LA VIE SUR L'ILE EN 1918

Après la Mort de son frère, Gaston Menier cherche à se séparer dans les meilleures conditions de ses terres lointaine, mais la guerre monopolise les corps et les esprits obligeant Menier à plus de patience. Martin Zédé est à la manœuvre pour optimiser et valoriser le capital de l'île tout en y réduisant les activités. Il est aidé par George Farar Gibsone (1874-1959), représentant légal et agent d'Henri Menier à Québec pour toutes les affaires inhérentes à l'île d'Anticosti. En 1918 Gibsone met fin à sa collaboration avec Menier. Il est de suite remplacé par Mr. d'Aigneaux, un français bien introduit dans le milieu des affaires canadiens.

Lettre du 1er Septembre 1918 à l'adresse de Mr. Gaston Menier, 61 rue de Monceau, Paris

"Je viens de recevoir votre lettre du 30 Juillet concernant Gibsone, et selon vos instructions, lui en ai envoyé de suite une copie. Je n'ai pas encore de réponse de lui, mais pense qu'il va accepter vos conditions qui sont très libérales. Quand j'ai reçu votre lettre, je venais d'en recevoir une de lui même avec quittance à signer pour reconnaitre l'approbation de ses comptes, et lui donner quitus de sa gestion de l'Agence.

En lui envoyant copie de votre lettre, je lui ai dit de me faire savoir des qu'il le pourrait sa réponse a vos conditions, cette réponse devant précéder celle que je lui ferai quant a sa demande de quitus. En effet, je crois bien faire tant que je ne la connaitrai pas, de ne pas me désarmer du droit que nous avons de faire faire l'examen de sa comptabilité par expert assermenté, quelque soit la confiance qu'on peut avoir en lui. Je vous demanderai même votre intention à cet égard en cas de refus de sa part, et vous câblerai le cas échéant.

Gibsone me dit dans sa lettre que d'Aigneaux vient de recevoir la procuration que vous lui auriez envoyée pour la Banque de Montréal, j'attends de le savoir de D'Aigneaux lui même, dont j'attends une lettre par le prochain bateau. D'Aigneaux m'a écrit qu'il venait de louer pour 900 dollars par an un bon local pour l'Agence 29 Rue St. Pierre a Québec. Il s'installera le 1er Septembre.

Nous venons de recevoir les premiers achats faits par d'Aigneaux, nous y avons trouvé une diminution de prix très appréciable à qualité égale d'ailleurs. D'Aigneaux me dit que Gibsone soulève une question de responsabilité de sa part dans le contrat du Savoy, lequel aurait été fait à son nom, et non à celui du Savoy. Gibsone resterait donc personnellement responsable du contrat vis a vis du Gouvernement, ce serait un service en dehors qu'il nous rendrait, il semble vouloir peser sur nous, pour se faire valoir. Tout cela n'est pas bien clair, du reste tout va dépendre en cela comme pour le reste de la décision qu'il va prendre, et j'agirai en conséquence quand je serai renseigné sur ce point.

Service forestier

Je pense que vous avez reçu la liste détaillée que je vous ai fait envoyer du matériel que nous devrions vendre. Mr. Eshbaugh vient de partir pour Montréal pour essayer de trouver mieux et pour avoir des offres pour le reste. Nous allons aussi tâcher que le matériel soit livré par nous F.O.B. quai Ellis, ce qui serait le mieux. Nous attendons le "Haddington" qui sera le dernier bateau de bois, Il emportera un certain lot de vieux fer qui sera vendu au cours. Nous allons fermer le moulin de suite. Mr.Hall est parti par le dernier Savoy et Tancrède Girard prendra charge du Service Forestier à partir du départ de Grant qui est le dernier contremaitre qui reste.

Réductions dans les Services

A part la disparition du Service Forestier qui devient une annexe du Service des Travaux, j'ai procédé à la suppression d'autres organisations, et espère réaliser ainsi d'importantes économies.

Homarderie

La homarderie est fermée et ne sera pas ouverte l'an prochain, j'ai liquidé Mc.Quinn a partir du 10 Aout, sans indemnité. La homarderie est en ordre et l'inventaire fait. Un gardien y reste en permanence, il piégera pour nous l'hiver. Il nous aurait été impossible de payer le prix que demandaient les pêcheurs, et les empaqueteurs, et nous n'aurions pas pu fournir à l'Alpha son charbon ni l'équipage qui lui est nécessaire. Son équipage nous a quitté subitement et j'ai du en former un de fortune pour l'envoyer à Québec, avec nos gens de l'Ile. D'Aigneaux s'occupe de tacher de le vendre.

Hôtel

Il sera fermé tout l'hiver et probablement des le mois prochain.

Hôpital

Je fais fermer l'hôpital à partir d'aujourd'hui. Je fais installer le docteur à la Baie Ellis dans la maison occupée avant par Mr.Hall et il aura la pharmacie chez lui. Nous avons un camp isolé qui pourra servir en cas de besoin pour les maladies infectieuses, et l'aide infirmier qui était en permanence à l'hôpital est remis au service des travaux qui l emploiera. Quand le Docteur en aura besoin il Quittera son travail pour l'aider. Les autres malades se soigneront chez eux.

Magasin Ste Claire

Je le fais fermer aujourd'hui la 'voiture du commissionnaire qui fait le service tous les jours à la Baie Ste Claire, à la Baie Ellis fera les commissions des habitants de Ste. Claire.

Pension des Forestiers

Cette maison sera affectée à des logements d'ouvriers de la Baie Ste. Claire, quelques cloisons suffiront à la transformer.

Camp du Service Forestier

Il sera transformé en quatre logements pour ouvriers, dont nous avons grand besoin.

Eclairage électrique

Sera arrêté le mois prochain et ne sera repris qu'au printemps prochain.

Familles Indiennes

Je n'ai pas de nouvelles des Indiens qui devaient venir, je pense en avoir ces jours-ci.

Rennes du Docteur Grenfeld

J'ai écris au Dept.des "Indians affairs" Chargé de la surveillance du troupeau de rennes, pour lui proposer de recevoir à l'ile le reste du troupeau environ .150 animaux et d'en prendre soin. Le Gouvernement nous enverrait avec les deux familles de Lapons qui les gardent, mais il continuerait à les payer. Nous nous engagerions seulement si l'élevage réussissait à rendre au Gouvernement 3 fois plus d'animaux qu'il ne nous en aurait donné avant d'en pouvoir disposer. Le transport à la charge du Gouvernement. J'attends la réponse. J'ai une maison disponible à l'Anse aux Fraises qui ferait l'affaire pour les Lapons et leurs animaux seraient très bien entre l'Anse aux Fraises, Rentilly, La route de Ste. Claire et la Baie Ellis. Il y a là environ 4000 hectares bien isolés et sans culture avec beaucoup de plaines de la mousse spéciale que mangent les rennes.

Terrain de Gaspé

Gibsone m'a écrit qu'il avait vu les propriétaires du terrain, étant allé a Gaspé et qu'il attend une réponse définitive. Si cette réponse tarde je ferai procéder une action en revendication par autorité de Justice.

Braconniers

J'ai fait procéder à une perquisition chez les habitants qui ont amené la découverte de fusils. Je les ai confisqués et fait savoir qu'à l'avenir toute personne ayant un fusil chez elle, ou ayant chassé, ou piégé sera du fait même renvoyée de l'ile.

Voleurs

J'ai eu la certitude que deux employés avaient volé cet hiver. L'un chez le Père Leventoux l'autre dans la voiture du courrier. Je viens de faire-savoir à leurs familles que je les renvoyais de l'ile. Le père de l'un d'eux qui est gardien du quai vient de me faire savoir qu'il quitte l'Ile avec son fils et sa belle famille. J'ai dit à Mr.Malouin que tout voleur devait sans rémission être renvoyé à l'avenir. Nous n'avons pas autorité de les renvoyer comme voleurs, mais nous le faisons simplement et tout aussi utilement, comme indésirables ne faisant pas notre affaire.

Gardes

Je viens de faire un nouveau règlement pour les gardes qu'il était nécessaire de leur donner, étant donné la possibilité que nous louerions à l'avenir des rivières à des sportsmen, et à cause de la quantité du gibier qui exige une protection particulière.

Foins

Après les mauvais temps du printemps et de l'été, j'étais inquiet pour la rentrée du foin. Nous venons d'avoir 15 beaux jours qui nous ont permis de rentrer dans de bonnes conditions la plus grande partie de notre foin, et nous n'aurons plus à en acheter. La récolte des pommes de terre sera normale, et celle de l'avoine aussi. Les animaux se portent bien, aucune récidive de la maladie des porcs.

Ph.Bouchard

Je lui cherche un remplaçant pour les raisons que je vous ai données dans ma dernière lettre (refus de travailler le dimanche et incapacité).Le nombre de nos chevaux, de nos juments poulinières, de nos bestiaux, et la valeur de tous les produits de l'agriculture nécessite un homme connaissant mieux son métier. D'Aigneaux m'a déjà fait faire des propositions par deux agriculteurs, sur lesquels je fais prendre des renseignements actuellement.

Gardiens des phares

Nous donnions aux gardiens des phares pour être des auxiliaires de nos gardes 12 dollars par mois. Le bien qu'ils peuvent nous faire et également le mal qu'ils peuvent nous causer est incalculable. Etant donné l'arrivée de trois nouveaux gardiens qui viennent occuper les nouveaux phares du Nord de l'ile, j'ai pensé de nous en faire entièrement des alliés, avant que les braconniers du Labrador n'aient le temps de les corrompre en les associant dans leurs opérations de vol de fourrures, et de gibier.
Pour cela j'ai pensé que, malgré tout, nous ne serions jamais capables de les empêcher de nous tuer des cerfs qui se promènent par troupeaux autour de leurs phares. J'ai donc fait une circulaire qui leur a été envoyée à tous, pour les autoriser de prendre chacun pour la nourriture de leurs familles (souvent 10 enfants et plus) 10 cerfs males par an. Ils nous rendront compte du nombre, de l'âge et de l'endroit ou ils les auront tués, et nous signaleront les allées-et venues des visiteurs de l'Ile par-télégraphe qu'ils ont tous chez eux. J'ai déjà reçu une lettre de plusieurs d'entre eux qui remercient et m'assurent que dans ces conditions, nous pouvons compter sur leur concours.
C'est un avantage effectivement important que nous leurs faisons, qui ne peut manquer son effet, Il ne nous coute rien. Il est après tout favorable de faire détruire les mâles qui sont en excès dans l'Ile, se battent et dérangent les femelles accouplées. Par ailleurs, je fais prévenir Mr.Bellan le Surintendant des phares du Golfe de cette nouvelle mesure à laquelle son département ne peut manquer d'être sensible, car il a la plus grande peine à recruter ses gardiens, et cela va l'aider a en trouver. J'ai d'autre part à obtenir de lui un subside pour que notre futur bateau ait le service du ravitaillement des phares, et ce sera une bonne entrée en matière.

Fourrures

Rien de nouveau pour les fourrures, Mr. d'Aigneaux doit vous écrire directement sur ce sujet. De même pour les homards, nous avons vendu ici une trentaine de caisses à 30 dollars. Je pars pour une tournée sur la côte Sud de l'ile avec l'Alcyon pour suivre des gens et les faire partir. Je vais aussi pour visiter la Rivière Galiote et la Rivière Dauphiné pour voir ou y installer des gardes. Je serai de retour dans environ 8 jours.

Au revoir, cher Monsieur, j'apprends de tous côtés quoique de façon assez vague que nos affaires vont de mieux en mieux sur le front, j'espère que ces bonnes nouvelles vous réjouissent dans vos ennuis, et que vous avec de meilleures nouvelles dé votre fils Jacques. Croyez que je fais de mon mieux pour parer aux événements du moment, et je pense m'en tirer quoique ce ne soit pas toujours bien facile. J'ai a remonter un courant assez dur a vaincre, pour mettre les gens au fait de la situation nouvelle Crée parla guerre, mais j'y arriverai, et n'en suis pas loin. Je pense que je pourrai rentrer vers fin Octobre.

Votre tout dévoué, Martin ZEDE.

PS : Fournier m'écrit pour avoir une augmentation. Comme je vous l'ai dis, je considère comme superflu de le garder, maintenant que tout est simplifié ici, et que je vais être là. Je m'arrange pour que toute la comptabilité " copiée " vous soit envoyée avant l'hiver, et moi étant là, la rue de Châteaudun aura tous les renseignements que vous désirez avoir. J'ai appris par ailleurs que Fournier, en bon terme avec Gibsone, avait écrit qu'il ne voulait plus rester avec moi, tout va donc pour le mieux. Henri Menier lui-même, en 1908, se demandant pourquoi ces investissements rapportaient si peu, exigea de revoir les comptes de l'île, fit venir le comptable Fournier de l'agence de Québec pour examiner les livres. En conséquence, il redressa la comptabilité et du système de vérification des comptes de L'île."

Source: Saga Menier

Les documents ci-dessous sembles confirmer la thèse d'une double comptabilité mener depuis plusieurs années avec comme protagonistes ; MM W. Eshbaugh et Georges Martin Zédé sur l'île d'Anticosti. Mr Luc Jobin a eu le plaisir de connaitre le comptable qui a remplacé monsieur Fournier, arrivé sur l'île en 1919; il s'agissait de monsieur Arthur Renaud. Celui-ci lui confirma qu'il existait une double comptabilité dans la gestion de l'exploitation forestière confiée à une compagnie américaine entre 1910 et 1918.
L'une d'elle était réservée à l'administration de l'île, l'autre tenue secrète, était connue par Zédé et Eshbaugh qui la faisait réaliser par le comptable Louis Hudon. Cette comptabilité secrète avait pour nom "Battle Island". La correspondance entre Fournier et Cholet confirme donc les détournements de fonds à l'époque Menier.
La lettre de Martin-Zédé mentionne qu'un chargement de vieux fer était sur le point d'être vendu. Selon les informations recueillies par Luc Jobin ce "vieux fer" incluait une locomotive encore fonctionnelle. C'est le sous-directeur de l'île Alfred Malouin, qui a télégraphié à monsieur Gaston Menier pour lui souligner ce fait, ce qui a contribua auretour de la locomotive qui avait effectivement été envoyée à Montréal et...la mise à la retraite de M. Malouin par Martin-Zédé.

 

FOURNIER AU RAPPORT

Québec le 02 juin 1919 A Mr. Cholet, Directeur de la Maison Menier : 56 rue de Châteaudun. Paris.

"Cher Monsieur,

Veuillez trouver ci-contre un rapport détaillé concernant les affaires de l'île en général, y compris l'agence de Québec.

J'ai commencé mon travail le 7 Mars, étant venu à Québec sur la réception d'une lettre de Mr. Martin Zédé me demandant de me rendre à Québec. Aussitôt, comme tout me semblait très suspect, j'ai pris sur moi de commencer immédiatement, j'ai arrêté tous les achats et paiements et prévenu Mr. Bancroft de la banque de Montréal de n'accepter aucun chèque. Je suis revenu à Québec toutes les semaines et j'ai pu obtenir une foule de renseignement de Mr. Peter, ce qui m'a permis d'annuler plusieurs commandes faites l'automne dernier et qui n'étaient pas avantageuses pour l'île. Mr. D'Aigneaux achetait le plus souvent là où il pouvait toucher une commission de 10 à 25% pour lui-même. Ce qui mettait la marchandise hors de prix, et les particuliers sur l'île avaient raison de se plaindre, rien que sur une commande de vin il était convenu d'une commission de 700$, mais heureusement je suis arrivé à temps pour arrêter l'affaire. Une grande quantité de beurre avait été commandée au mois de Décembre 1918 pour livraison à l'ouverture de la navigation, une somme de 2511$ avait été payée pour ce beurre en Décembre et nous étions assurés que le beurre ne serait pas utilisable, en plus il y avait l'assurance et le " hangarage " pour six mois. J'ai réussi à me faire rembourser la somme de 2511$ que vous noterez sur le bordereau de l'agence, et j'ai fait annuler les frais d'assurance et de " hangarage ".

Il m'a fallu faire beaucoup de démarches pour obtenir ce résultat. Le 27 Mars je me suis rendu au bureau de l'agence pour prévenir Mr. D'Aigneaux de la décision de Mr. Menier et lui ai demandé d'avoir à remettre à Mr. Peters tous papiers, documents, etc. appartenant à l'agence, il m'a répondu qu'il le ferait.

Mais le 1er Avril, date à laquelle je prenais charge de l'agence, je constatai qu'il n'en avait rien fait, depuis je lui ai écris lui demandant d'avoir à me mettre ces documents, je n'ai encore rien reçu. Aussitôt je me suis mis à l'œuvre pour vérifier tous les comptes, j'ai pu retracer par la caisse qu'il avait acheté au nom de l'agence une quantité de marchandises pour son usage personnel, j'ai fais un relevé complet et je vous en envoie une copie, je ne lui ai pas encore envoyé le compte, car il se pourrait que nous aurions autre chose à lui charger. Je ne lui ai pas payé ses salaires au 15 Avril tel que Mr. Martin [Zédé ?] m'avait autorisé à le faire car il nous doit au-delà de cette somme.

Quant à Mr. Loudun, son employé, je ne lui ai pas payé ses salaires pour la même raison, une partie des marchandises achetées lui a été livrée depuis le 27 Mars……/… Nous avons plusieurs réclamations pour des marchandises qui ont été perdues ou non livrées par le vapeur Savoy dans le cours de l'automne dernier, cela est dû à la mauvaise administration qui a employé un commis du nom de Corneau, lequel n'avait pas trop le temps de s'occuper de sa besogne, mais par contre achetait pour son compte du poisson avec l'argent de Mr. Menier pour le revendre à son bénéfice. Cet individu nous cause beaucoup d'ennuis, il s'est présenté ici au commencement d'Avril disant qu'il avait été engagé par Mr. D'Aigneaux pour la saison 1919, je lui ai répondu que je ne recommandais pas son engagement, le lendemain je recevais une lettre d'avocat, mais je ne m'en suis pas occupé pour la raison que c'est nous qui aurions à réclamer à Corneau.

Les sommes employées par lui pour acheter le poisson nous ont été remises mais seulement après que le poisson fut vendu ce qui prenait de 5 à 6 semaines, et il était obligé de faire des remises à chaque voyage du bateau, c'est-à-dire toutes les semaines, nous avons la déclaration de tout l'équipage. Nous aurons à payer pour ces différentes réclamations mais nous le ferons sous protêt en tenant Corneau responsable [dans ce cas il y avait connivence entre D'Aigneaux et Corneau].

Je crois Mr. Cholet que les écritures de l'île devraient être envoyées à Québec pour être vérifiées et nous vous les ferons parvenir d'ici avec les notes nécessaires pour votre information au lieu de les envoyer à Paris directement de l'île. Je vous demanderais de bien vouloir me dire si vous accepter cette proposition. Jusqu'à ce jour tout va bien ici, nous avons demandé hier à la banque de transférer au compte de l'agence le premier chèque de 13.000.00$ pour nous permettre de payer tous nos comptes du mois d'Avril, partie de Mai, au mois de Juin nous aurons très peu à payer car nos achats sont limités, si nous avons dû payer de fortes sommes en Avril, c'est dû au grand nombre de commandes qu'avaient été placées l'automne dernier pour expédition par le premier voyage du Savoy au printemps, ainsi que pour les grosses réparations faites au Savoy pour lesquelles des contrats avaient été donnés à des sommes ridicules.

Il reste encore environs 500.00$ à payer sur ces contrats, mais j'ai refusé de les payer, parce que je considère que nous avons été surchargés et j'ai fais faire une expertise des travaux faits, et d'après les experts ce travail pu être fait pour 1000.00§ en moins tout en laissant un bon bénéfice au contracteur, je dois vous dire aussi que ces travaux ont été très mal faits, j'en ai fait l'examen moi-même pour plus de certitudes. j'ai aussi fait annuler la commande pour une hélice neuve pour le Savoy, après en avoir fais l'examen avec le capitaine Pelletier. Ce dernier m'a affirmé qu'il était encore très bon et qu'il n'y avait aucun risque à courir pour cette saison, c'est encore une bonne somme d'environ 1500.00$ que nous avons épargné pour cet exercice.

Administration de l'île

Le service laisse de plus en plus à désirer. Je me suis rendu à l'île par le premier voyage du Savoy pour me rendre compte de la marche des affaires en général et je regrette de vous dire que j'ai été très désappointé, c'est un laisser aller presque général, les gens ne semblent pas se soucier le moins du monde de l'avenir de l'île et pour moi je n'y vois qu'un remède, c'est du sang nouveau qu'il faut sur l'île, pas autre chose.

Dans l'administration surtout, tous sont à couteau tiré, il n'y a pas de temps à perdre si nous voulons réussir, j'ai sous la main les hommes voulus, il n'en faut pas autant que semblent le croire ceux qui y sont, à les entendre l'on croirait qu'ils ne peuvent être remplacés, je puis vous assurer que la chose est possible et que nous pourrions le faire à bien meilleur marché et beaucoup plus avantageusement. Je vous laisse la chose en mains et je suis aux ordres de Mr .Menier.

Gardes Particuliers

Le service est un des plus importants à l'heure actuelle dans l'intérêt de Mr. Menier, mais malheureusement il est le plus contaminé, c'est celui qu'il de toute nécessité régénérer le plus tôt possible pour l'avenir de l'île.

Vous êtes au courant de ce qui s'y est passé depuis quelques années, mais vous êtes loin de savoir ce qui s'y est passé, heureusement que l'an dernier nous avons eu l'avantage de mettre la main sur un homme comme il s'en trouve rarement et qu'il a été placé par Mr. Martin Zédé comme chef Garde- Chasse, mais il est seul avec les frères Lejeune qui prennent réellement l'intérêt de Mr. Menier.

Tous les autres sont contre eux et ne travaillent pas comme ils le devraient, ils sont tous plus ou moins intéressés avec les gens de la côte Nord, et nous avons tout lieu de croire qu'il se fait encore des expéditions de fourrures provenant de l'île. Antoine Gagnon, le chef des gardes m'a demandé de lui trouver des hommes et il m'en a recommandé quelques uns, je lui en ai envoyé quatre par le troisième voyage du Savoy, tous sont des jeunes gens de retour du front, deux d'entre eux sont titulaires de la croix militaires, ils connaissent très bien la chasse et la navigation, sont bon marcheurs et bien décidés, sont sobres et travailleurs. Avec des hommes comme ceux-là, commandés par un chef expert, il n'y a pas de doute pour la réussite complète. Seulement il en faut d'autres que nous trouverons avant longtemps, il nous faudra les engager et renvoyer ceux qui ne font pas l'affaire.

Je croix devoir vous dire en passant Mr. Chollet, que ce changement est loin de plaire à Mr. Malouin et qu'il serait bon que Mr. Menier s'en occupe, car il pourrait se faire que Mr. Malouin refuse de les engager et ce serait très ennuyeux. Nous avons absolument besoin de refaire ce service et c'est la seule manière d'y remédier.

La chasse de l'hiver dernier est ne des meilleurs que nous ayions eues depuis très longtemps, c'est dû pour la plupart à ce que nous n'avions pas de "jobbers" sur l'île et que les incursions des braconniers ont été arrêtées par l'activité déployée par le nouveau chef des gardes-chasse.

Le chef Antoine Gagnon m'a soumis un plan pour la protection de l'île qui est très pratique et qui serait peu couteux. Ce travail pourrait se faire par les gardes durant l'été, c'est un plan très ingénieux et Gagnon m'assure que l'hiver prochain, ce n'est pas 700 renards qu'ils prendraient mais 2000 et je crois, si Mr. Menier autorisait la construction de ces différentes petites routes, il n'y pas une barque qui pourrait atterrir sur l'île sans que les gardes en aient connaissances. Dans mon prochain rapport je vous ferai parvenir ce plan très facile à mettre a exécution ainsi qu'un rapport détaillé du chef des gardes.

Service Agricole

Le service est aussi un des plus intéressants, et avec son nouveau chef Mr. Pucet nous pouvons être assurés d'un grand succès comme pour d'autres services, il y a de grands changements à opérer et c'est déjà commencé depuis le 15 Mai.

J'ai envoyé 11 jeunes hommes robustes et connaissant très bien les travaux de la terre, tous sont des jeunes gens revenus du front et très bien disposés. C'est encore du sang nouveau qu'il fallait dans ce service, avec un homme comme Mr. Pucet, je puis vous garantir que les fermes vont être exploitées avec avantage et que son personnel sera bien employé.

Service Commercial

Dans ce service tout laisse à désirer, sauf Mr. Leblanc et Mr. Chevalier. Il y aurait lieu de faire un changement et surtout en ce qui concerne les chefs des différents départements.0000 La chose est très facile et mérite d'être prise en sérieuse considération pour le plus grand bien de la population de l'île et pour la réussite de nos magasins en général. Il n'y a pas de temps à perdre, je vous laisse encore le soin d'y voir, si vous le souhaitez bien, je suis prêt à agir.

Service Médical

Le service me semble bien marcher, mais j'ai appris par ouï-dire que le docteur "Powers" avait l'intention de nous quitter, il ne m'en a pas soufflé mot lors de ma visite à l'île, mais lorsque j'ai rencontré Mr. Eshtaugh à Montréal, ce dernier m'a laissé entendre qu'il avait l'intention de lui faire des propositions dans le but d'obtenir ses servives pour sa nouvelle entreprise à Part-aux-Quilles.

Service de la navigation

Mr. Martin Zédé me demandait dans sa lettre du 17 Février de prendre charge du Savoy et d'avoir à prendre l'avis du capitaine Pelletier pour tout ce qui concerne les affaires maritimes, ce que j'ai fais dès mon arrivée. Après avoir pris connaissance de tout ce qui pouvait m'intéresser à bord, j'ai été d'accord avec le capitaine, pris les mesures nécessaires pour diminuer ses dépenses, et j'ai inauguré un nouveau système pour les achats des vivres et des provisions, même du matériel.

Tous les achats pour le Savoy se font maintenant par l'agence à des prix plus avantageux au lieu qu'autrefois nous avancions une certaine somme au capitaine qui la fournissait au commis ou au steward, qui faisaient les achats eux-mêmes dans les maisons de détail.

Je n'hésite pas à dire que ce mode d'achats était très préjudiciable aux intérêts de Mr. Menier et qu'il n'avait pas lieu d'être. Mais il apparait que l'agence n'y pouvait rien faire et vu qu'il en avait toujours été ainsi, il fallait "que cela continue".

J'ai donc pris sous ma responsabilité d'agir autrement et il en est résulté un grand changement. Je crois pouvoir dire que nous pourrons dès cette année diminuer les dépenses du Savoy de moitié, n'ayant pas obtenu le subside du gouvernement cette année, il va s'en dire que nos recettes seront moindres mais par contre le résultat sera meilleur. Nous avons, constamment du fret pour descendre pour tous les ports à partir de Godbout à Sept-Îles, et même jusqu'à Pointe aux Esquimaux avec des passagers. Comme il n'y a rien qui retienne le Savoy sur l'île, nous sommes toujours assurés d'un bon fret en le gardant à quai à Québec avec une économie de combustible et de nourriture, quand il est en marche, nous brûlons 72.00$ de charbon par 24 heures et nous sommes toujours prêts à bénéficier d'une offre de transports pour touristes, ou pour secourir les bateaux qui peuvent s'échouer dans le fleuve entre Québec et l'île, et les ravitailler.

Nous avons fixé à 15$ de l'heure le tour pour le transport des touristes, et ils doivent payer leurs repas pour eux et leurs équipages. Nous avons déjà quelques demandes et nous nous attendons à recevoir leur réponse dans quelques jours. J'ai l'espérance que nous en aurons quelques uns dans le cours de la saison s'y rien ne s'y oppose.

Service des pêcheries

Le service est l'un des plus importants étant donné les hauts prix obtenus pour le poisson de toutes sortes et la grande demande partout dans le pays et à l'étranger. J'ai déjà eu l'occasion de vous en causer lors de mon séjour à Paris. Si nous étions organisés pour la pêche sur une assez grande échelle nous retirerions des revenus considérables et des bénéfices satisfaisants, il en couterait peu pour commencer à s'organiser, il s'agit de mettre la main sur un bon chef et il est facile de le trouver.

Le reste irait seul et avec un système qui nous permettrait de contrôler la pêche, je me charge de vendre toute la production, si toutes les rivières à saumons étaient bien péchées dans la propre saison, il en résulterait un bénéfice considérable, soit qu'il soit vendu à l'état frais ou mis en canistres, j'ai des offres pour 50.000 caisses de saumons et 10.000 caisses de homards et plusieurs chars de Flétans.

Permettez-moi, Mr. Cholet, de vous faire remarquer que les chiffres que je vous mentionne ne sont pas un bluff mais sont plutôt au dessous de ce que je pourrais vendre. Il s'agit d'organiser la pêche et de faire la pêche. Non seulement Je me charge de vendre tout le poisson que nous pourrions prendre, mais de plus, je me charge de vous vendre et à prix avantageux les 2.000 chevreuils que le chef des gardes nous conseille d'abattre pour le plus grand bien de l'île.

Il ne s'agit plus Mr. Cholet de tenter de couteuses expériences, mais bien de mettre à exécution des plans qui ont été menés depuis l'achat de l'île par Mr. Menier il y a 23 ans, auxquels rien n'a été fait pour en faciliter l'exploitation. Veuillez m'excuser de vous parler avec autant de franchise, mais croyez bien qu'il n'y a pas d'insubordination de ma part. Je tiens à mettre les choses claires et précises, les termes que j'emploie ne sont peut être pas très polis, mais ils sont vrais.

Service des travaux

Dans ce service nous avons un bon chef mais malheureusement il n'est pas secondé et il serait à souhaiter qu'il le fut, la grande majorité des employés de ce service ne sont pas à la hauteur de leur tâche, et nous pourrions mieux faire avec moins d'hommes et des meilleurs. Le système d'engagement de ces hommes est très défectueux et de ce fait très onéreux. Je ne crois pas que Mr. Menier doive s'engager envers ces hommes qui ne lui rapportent aucun bénéfice, au contraire, il y a là une étude spéciale à faire et je crois fermement que ce personnel pourrait très bien être remplacé très avantageusement.

Service forestier

Le service n'existe plus depuis l'automne dernier, et avant de me prononcer, il serait bon d'attendre encore quelques temps car tout n'est pas encore fini, il y a cette question de matériel qui est à l'état latent, et comme j'ai raison de croire que tout n'est pas très très clair dans cette affaire, je crois plus prudent de ne pas m'y engager plus avant."

 

Québec le 03 juin 1919 A Mr. Cholet, Directeur de la Maison Menier : 56 rue de Châteaudun. Paris.

"Cher Monsieur,

Veuillez trouver dans la présente, un rapport sur la situation des divers services de l'île d'Anticosti. Je vous l'adresse personnellement, et si vous jugez à propos de le soumettre à Mr. Menier, peut être le prendra t'il en sérieuse considération.
Comme j'ai déjà eu l'avantage de vous le dire, je me trouve dans une position très délicate vis-à-vis de Mr Martin Zédé pour m'adresser directement à lui. Ce que je fais n'est pas dans le but de lui porter ombrage, mais je sais qu'il me blâmerait fort d'avoir mis Mr. Menier au courant de choses que lui seul doit dire, et je vous assure qu'il n'est pas pressé de faire connaitre toute la vérité à Mr. Menier, et je n'en vois pas la raison, car plus vite Mr. Menier connaitra toute la vérité sur les affaires de l'île, le mieux ça sera.

Tel que je vous le mentionne dans mon rapport, je puis vous assurer qu'il y a moyen de faire beaucoup pour le succès de l'île tout en laissant de coté la question du bois. L'agriculture, la pêche et la chasse nous offrent un vaste champ d'exploitation qui nous assure des revenus toujours croissants. Vous pouvez assurer Mr. Menier de la chose, mais comme je vous l'ai déjà dis, il faut de toute nécessité que Mr Martin Zédé n'y mette pas la main car je ne garantis rien, vous le savez tout aussi bien que moi-même.

Je n'exagère rien en vous disant que dès la première année nous serons en position de subvenir à nos dépenses. Il s'agit d'abord de se procurer de bons chefs, nous en avons déjà deux : Mr Pucet pour les fermes et Mr Gagnon pour la chasse, reste à en trouver un pour la pêche et il est facile de s'en procurer un. Il n'y a plus qu'à trouver de bons hommes pour les seconder et c'est encore possible malgré qu'on veuille nous faire croire le contraire. Je dois attirer votre attention Mr. Cholet sur la question de la fourrure. Comme vous le verrez dans mon rapport, la chasse de cet hiver est la meilleure que nous ayons eue. Il serait malheureux que Mr. Menier n'en retire pas toute la valeur, et pour cette raison, il serait nécessaire que Mr. Menier ne permette pas à Mr. Eshbaugh de l'acheter, et voici ce qui s'est passé ici lors de ma rencontre avec à Mr. Eshbaugh à Montréal au mois de mars.

Ce Monsieur a insisté pour que j'obtienne de Mr. Martin Zédé le privilège pour lui de mettre un prix sur la fourrure de l'île, depuis il a fait deux voyages à Québec et est venu au bureau pour savoir si j'avais été autorisé par de Mr. Martin Zédé à lui laisser voir la fourrure et à faire une offre pour l'achat de toute la fourrure de l'île. Il va sans dire que n'ayant pas eu d'instructions, je n'ai pas accepté ses propositions, depuis il m'a télégraphié deux fois de New-York me demandant de ne pas oublier pour la fourrure et la dernière fois, il me disait qu'il avait reçu un câble de Mr. Martin Zédé l'autorisant de voir la fourrure et de faire un prix, qu'il viendrait à Québec dans ce but et comme je n'ai pas reçu d'instructions de Paris, je ne puis pas lui laisser voir.
Son but est de vendre la fourrure et d'en retirer les plus grands bénéfices possibles, et il en serait comme pour le bois et les bateaux, Mr. Menier n'en retirerait pas toute la valeur. Je vous dis ces choses confidentiellement Mr. Cholet, et si vous croyez pouvoir empêcher cette transaction, ce serait pour le plus grand bien de Mr. Menier. Lors de mon voyage à l'île, je n'ai pas rencontré Mr [Hudon ?], le comptable, il était traversé au nord pour avoir des nouvelles, vu que les deux câbles de l'île sont brisés. N'étant pas de retour quand nous sommes partis je n'ai pu le voir.

Quand il est revenu à l'île, il s'est décidé de monter à Québec et rendu ici il ne s'est pas montré au bureau, mais s'est rendu directement à New-York pour voir Mr. Eshbaugh. Je sais que ce dernier lui a fait des propositions pour s'assurer ses services pour sa nouvelle exploitation à Port-aux-Quilles, il m'avait demandé lors de notre rencontre à Montréal si je m'objecterais à ce qu'il l'engage, je lui ai répondu que je n'y voyais aucun inconvénient, j'ai compris qu'il en avait déjà été question entre eux car [Hudon ?] a toujours fait le jeu d' Eshbaugh. A son retour de New-York il est passé au bureau l'avant-veille du départ du Savoy pour l'île et ne m'a rien laissé entendre, mais après son départ, j'ai reçu une lettre de lui me disant qu'il avait décidé de donner sa démission à Mr Malouin dès son arrivée à l'île. Laissez-moi vous dire que c'est une bonne chose pour nous et que nous serons bien soulagés, il était de connivence avec Eshbaugh pour toutes les transactions faites par celui-ci, il ne suivait que les instructions d'Eshbaugh.

J'ai sous la main un bon homme qui pourrait le remplacer avantageusement et qui couterait meilleur marché. Si j'étais laissé libre d'engager le personnel qu'il faut sur l'île, je vous assure que j'y mettrais des hommes qui seraient à leur place et qui prendraient l'intérêt de Mr. Menier. Je sais parfaitement ce qu'il faut sur l'île, je serais assuré d'être renseigné justement. Donc Mr. Cholet, je m'appuis sur vous pour obtenir ce résultat et soyez rassuré, je ne vous ferai pas mentir.

Veuillez me pardonner Mr. Cholet si je me permets de vous écrire si longuement, je sais que vous avez beaucoup d'occupations, mais je ne peux laisser passer toutes ces choses sans vous mettre au courant, je serai plus court plus tard quand tout ira bien.
Veuillez agréer …/…

Source: Saga Menier

A suivre

Les Requins de l'Atlantique

Sans aller aussi loin, sans mettre entre sa mère-patrie et sa patrie adoptive plus de huit jours d'intervalle, on trouve, dans le Nouveau-Monde, un emplacement magnifique, qui présenterait à des entreprises agricoles ou commerciales, conduites sur une grande échelle, des avantages inimaginables. Terres fertiles, bois giboyeux, la côte la plus poissonneuse des deux continents, voilà les ressources premières de ces lieux (capables de nourrir aisément vingt mille individus et plus) situés aux portes de l'Amérique septentrionale, supérieurement défendus par la nature, et cependant à peu près inconnus à la civilisation. C'est l'île d'Anticosti.../...

Par route marine, elle se trouve à cinq cents milles environ d'Halifax, la capitale de la Nouvelle-Ecosse. C'est la clé du Saint-Laurent: Si l'on est surpris qu'elle ne soit pas colonisée, on l'est encore plus en remarquant que le gouvernement anglais n'a point songé à la fortifier ou à y établir une garnison, car Anticosti nous semble la sauve-garde de ses plus belles possessions transatlantiques.../...

Les cours d'eau, que l'on rencontre sur la côte septentrionale, sont très-nombreux relativement à son étendue. On ne peut guère faire un mille sans en découvrir un. plus ou moins volumineux. Et, de dix milles en dix milles environ, il en existe qui sont assez considérables pour mettre en mouvement un moulin. Les chutes voisines de la côte, offriraient de grands avantages à l'industrie. L'eau des rivières est toujours plus ou moins calcaire. Sur la côte méridionale, les principales rivières sont : labecscie, la Loutre, le Jupiter, un vrai fleuve, le Pavillon et la Chaloupe.../...

Dans la plupart des rivières et des lacs, fourmillent la truite de ruisseau, la truite saumonée, l'esturgeon, le doré et le poisson blanc. Le maquereau se presse en bancs épais autour de l'île. Les phoques dont l'huile et la peau sont fort estimées, essaiment. Ils se foulent par milliers dans les baies et les lieux abrités. Les Indiens des îles Mingan et du Labrador leur font une chasse active. Les baleines semblent avoir pris les battures occidentales pour leur résidence favorite. Fréquemment on les voit s'ébattre ou se chauffer au soleil; fréquemment on y entend leurs longs mugissements. À l'intérieur d'Anticosti, la végétation est très variée; mais en général, elle a planté ses racines dans un sol d'alluvion, composé d'une argile calcaire et de sable léger, gris ou brun. Ce sont là de bons éléments de fécondité. Cependant, il faut avouer que ce sol n'est pas trop favorable aux fortes essences de bois, mais on peut l'ameublir ou le drainer aisément. La prùche en est l'arbre le plus commun. Sa qualité et ses dimensions sont bonnes. Quelques arbres mesurent vingt pouces de diamètre à la base, quatre- vingts à quatre vingt-dix pieds de haut. Ony rencontre aussi des bouleaux blancs et jaunes; des balsa miers, des tamaracks el des peupliers.../...

La plage est couverte de fraisiers; rarement y voit-on un framboisier. Toutes les parties de l'île produisent en quantité une espèce de pois très mangeable, dont la tige et la feuille peuvent être employées à la nourriture des bestiaux. Les pommes de terre viennent parfaitement. Le peu d'orge et de blé qu'on y a jamais semé, a donné un rendement des plus satisfaisants. Anticosti renferme beaucoup d'animaux sauvages, entr'autres : l'ours noir; le renard rouge, noir, argenté et la marte..../...

Les canards, les oies, les cygnes, toute la famille des palmipèdes, y a élu son domicile. De grenouilles, crapauds, serpents ou reptiles, point. Les animaux sont si peu poursuivis par l'homme, que sa vue ne les effraie pas. Pour compléter cette esquisse d'Anticosti, je n'ai plus qu'à dire un mot des matières économiques qu'elle contient, et dont l'exploitation suffirait à enrichir toute une population. Son sol renferme la pierre de taille, la pierre à aiguiser, le fer oxidulé et peut-être même le fer limoneux. L'argile à briques, la marne coquillière d'eau douce, la tourbe y apparaissent sur de vastes superficies et des profondeurs incalculables. Dans les anses et les places abritées, les algues marines ont poussé à profusion ; et on en pourrait tirer bon parti, soit pour fumer le sol, soit pour les exporter comme engrais dans les pays voisins.../...

Cette île,dont le climat est tempéré, dont le sol et les sites sont si favorables à la colonisation, demeure aujourd'hui encore déserte, inculte, à peine habitée par deux ou trois garde- phares. Cependant, elle devrait et doit, dans un avenir prochain, s'animer, se défricher, se peupler au souffle fécondant de la civilisation moderne

Les Requins de l'Atlantique 1863, roman inédit, par H.-Émile Chevalier Chevalier, Henri-Émile (1828-1879)

Pour en savoir plus

J'ai continué à bourlinguer jusqu'à la fin de 1895, puis dès le début de 1896, je suis entré au service de monsieur Henri Menier pour créer de toute pièce l'installation de l'Ile d'Anticosti, sur laquelle je suis resté huit années consécutives.

Oscar Comettant

 

 

 

 

ESSAI DE COLONISATION PRIVEE
essai de colonisation

L'ÉCONOMIE DE L'ÎLE EN 1909

TÉMOIGNAGE
André Duval,

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