|
LE
BÉTON FRETTÉ DE LA CATHÉDRALE

Symbole
d’une idéologie bourgeoise bien établie, la cathédrale traduit la réussite
économique et sociale des Menier
. Ils fixent ainsi dans la pierre leur entrée triomphale dans l’histoire.
Forme insidieuse de couronnement pouvant être traduit par une apogée,
une fin en soi qui permet la lecture en creux d’un déclin annoncé.
L’autre enseignement est le style architectural de la Cathédrale ; il
est en rupture avec la vieille tradition aristocratique,
élégante et sensuelle, mais considérée en ce début de siècle comme «
criminelle » . La cathédrale édifiée en 1906 symbolise
la pénétration dans le monde ouvrier et dans la modernité émergeante
du XXème siècle.
L’utilisation de moyen moderne tel que le béton armé ainsi que l’absence
de décoration préfigure l’harmonisation
de l’architecture avec les exigences et besoins de la vie moderne et
la reconnaissance d’un matérialisme naissant.
La cathédrale est le dernier bâtiment d’envergure érigé par les fils
Menier ; elle rejette l’ensemble des systèmes
architecturaux existant sur le site et plus particulièrement l’emblématique
moulin Saulnier édifié par leur père
Emile Justin à l’apogée de sa gloire en 1872.
Le béton
armé utilisé pour les poteaux et les poutres de la "Cathédrale"
diffère du béton armé par son type de ferraillage.
Il s'agit d'enrouler autour d'un cylindre des armatures métalliques
pour former des spires à l'intérieur desquelles on place
des âmes longitudinales dans lesquelles le béton est coulé.
Avec ce système breveté en 1901, Armand Considère
entreprend de multiples constructions appuyées par la circulaire
ministérielle du 20 Octobre 1906 qui fixe les règles et
guide les ingénieurs français dans l'établissement
de leurs projets, non seulement pour les administrations publiques mais
également pour les entreprises privées.
Cette circulaire est presque toujours imposée par les architectes
et devient en quelque sorte la base des cahiers des charges. Il en sera
de même pour l'usine de Noisiel.
Mais le béton fretté, malgré certains avantages,
n'aura pas le succès escompté, de par son prix et de la
difficulté de sa mise en oeuvre.

Mise en place d'un pieu
ARMAND
CONSIDÈRE
"C'est
incontestablement au français MONIER que revient la gloire d'avoir
inventé le béton armé".
Il a découvert et proclamé que le béton assure
si bien la solidité des armatures qu'il est inutile de les river
ensemble au prix de dépenses et de retards notables.
MONIER a compris aussi les avantages qu'on obtient en employant le métal
pour résister à la tension et le béton pour supporter
la compression et il a donné ainsi à chacun de ces matériaux
la destination qui lui convient.
Toutefois, en inventant le béton fretté, j'ai créé
un matériau qui possède des propriétés toutes
particulières et absolument différentes de celles du béton
armé.
Comme le métal, le béton armé jouit, dans les planchers,
de la propriété de pouvoir subir d'importantes déformations
sans se briser. Mais dans les pièces comprimées, le béton
armé des types courants partage le défaut des maçonneries
qui est de ne pouvoir supporter de notables déformations avant
de se rompre brusquement.
Le béton fretté remédie complètement à
ce grave défaut. Lorsqu'il est maintenu par un corset métallique
formé d'anneaux circulaires, le béton acquiert une qualité
nouvelle dont l'importance est capitale.
Au lieu de se briser comme le béton armé dés qu'il
subit un raccourcissement, le béton peut supporter sans rupture
des raccourcissements 10 à 20 fois plus forts et des courbures
invraisemblables comme le prouve la photographie qui représente
des poteaux essayés au laboratoire de l'École des Ponts
et Chaussées.
Outre ses avantages généraux, le béton fretté
a, dans les poteaux et colonnes, celui de diminuer l'encombrement, parce
qu'il permet d'augmenter les pressions unitaires et de réduire
les sections.
Comme exemple, on citera les poteaux de 68 par 68 centimètres,
chargés symétriquement, qui portent 700 tonnes dans l'usine
de M. Menier à Noisiel-sur-Marne."

"C'est
peut-être dans les pieux que la supériorité du béton
fretté apparaît avec la plus grande évidence.
Les pieux frettés supportent sans se rompre et en présentant
un simple matage à la partie supérieure, les chocs les
plus violents du mouton (masse qui frappe la tête du pieu) sans
le secours d'aucun appareil de protection.
Au contraire, l'emploi d'appareils de protection utilisés pour
le béton armé, diminuant dans une proportion inconnue
l'effet de choc, ne permet pas de calculer la charge que le pieu peut
supporter et ainsi d'apprécier le degré de sécurité
des fondations."

Confection de la carcasse d'un pieu fretté

|