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L'ÉCONOMIE DE L'ÎLE ANTICOSTI EN 1909

Longtemps inexploitée, l'Île d'Anticosti fût, à une époque relativement récente concédée à une société immobilière anglaise(Governor and Compagny of the Island of Anticosti). Celle-ci, après avoir tenté quelques essais de mise en valeur, céda ses droits en 1895 à M. Henri Menier qui met actuellement à exécution un plan méthodique d'utilisation des richesses naturelles de son nouveau domaine. L'histoire économique d'Anticosti depuis l'acquisition par Henri Menier peut se diviser en deux périodes. La première vient de se terminer. Elle fut toute entière remplie par des travaux d'appropriation : construction de maisons d'habitation, de bâtiments agricoles et industriels, établissement d'un hôpital, d'écoles, d'une fabrique de conserves alimentaires, de deux ports, etc... La seconde celle de la mise en valeur des ressources de l'île s'est ouverte avec l'année 1909. La population d'Anticosti est restreinte : 800 âmes. Elle se compose presque exclusivement de canadiens français, auxquels s'ajoutent quelques uns de nos compatriotes, qui constituent le personnel supérieur. Vue l'extrême fécondité de la race canadienne française, le nombre des habitants paraît devoir s'accroître rapidement sans le concours de l'immigration. La négligence de la société anglaise concessionnaire avait failli compromettre l'avenir économique d'Anticosti : des immigrants s'étaient établis sur divers points de la côte et se trouvaient comme en pays conquis. Lors de l'acquisition de l'île par Menier, ils créèrent des difficultés à ses représentants. Le conflit s'est résolu pacifiquement, et aujourd'hui le nouveau propriétaire a reconquis la plénitude de ses droits. Les communications entre Anticosti et l'extérieur se font exclusivement par l'intermédiaire de l'administration. Anticosti possède deux ports, l'un situé dans la baie "Renard" sur la côte méridionale, offre un abri aux navires dont le tirant d'eau n'excède pas 16 pieds. L'autre, le plus important des deux, est plus à l'ouest dans la baie "Ellis". Vaste et bien abritée, cette baie offre un mouillage excellent pour tous les navires ; un appontement de 1 000 mètres de longueur y a été construit, mais il n'est accessible qu'aux bâtiments ne calant pas plus de 12 pieds. Les relations entre l'île et la terre ferme sont assurées par un navire à vapeur, le Savoy. Les ports desservis sont Québec et Gaspé, pour les échanges de marchandises, et Sydvey en Nouvelle Écosse pour le ravitaillement en charbon.

 

La principale ressource de l'île est l'exploitation forestière : bois de chauffage, bois de construction et bois pour la fabrication de la pâte à papier. Le gaspillage des richesses forestières est courant sur le continent américain ; l'administration de l'île, bien loin de suivre ce mauvais exemple, a dressé un plan d'aménagement sagement ordonné. Des contrats sont à la veille d'être passés avec des négociants canadiens et français de manière à assurer aux produits de la coupe un débouché régulier et rémunérateur. La pêche du poisson et celle du homard donne des résultats encourageants. La flottille de pêche se compose d'une cinquantaine d'embarcations à voile et d'un petit bâtiment à vapeur, l'Alpha. L'abondance du homard sur les côtes de l'île a permis la création d'une fabrique de conserves alimentaires. La chasse aux animaux de fourrure, en particulier l'ours et le renard très nombreux dans l'île, procure elle aussi des ressources appréciables. La prospérité des pâturages d'Ancosti explique le succès de l'élevage des chevaux et des bêtes à cornes. Lors des premières tentatives de colonisation, l'île ne renfermait guère que des bêtes fauves. Menier y a introduit des troupeaux d'animaux domestiques de races pures. Le succès de l'industrie laitière est en rapport avec la prospérité de l'élevage et de la race bovine en sorte que la production des dérivés du lait paraît devoir être aussi florissante dans l'île qu'elle l'est actuellement dans l'est du Canada. L'abondance du bois de chauffage compense dans une large mesure l'absence des gisements houillers dans le sous-sol de l'île. Jusqu'à ce jour, les recherches faites dans l'espoir de découvrir des mines métalliques n'ont pas abouti. Il est probable en revanche que les sondages actuellement en cours d'exécution attesteront la présence du pétrole à une profondeur accessible. Telle est du moins l'opinion de M. Oblinski, ingénieur provincial des mines, qui considère l'île comme prolongeant le bassin pétrolifère de Gaspésie.

 

Extraits choisis du livre "Le Canada économique au XXème siècle" de Maurice Dewavrin.

 

Saga Menier