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En 1869, la chocolaterie de Noisiel est encore empreinte des évolutions souhaitées par le père fondateur, Jean-Antoine Brutus Menier. Elle fonctionne à l'aide des eaux de la rivière "la Marne" sur laquelle est posé le moulin réalisé par l'architecte Bonneau en 1852.

La bâtisse en bois hourdé de plâtre abrite 4 étages de machinerie actionnant diverses meules destinées au broyage du cacao et du sucre. L'ensemble est mû par 2 turbines à hélices de 80 chevaux chacune ; la réalisation en revient à Louis Dominique Girard. Il est à noter qu'en cette année 1868, la fabrication sur le site de Noisiel est exclusivement dédiée au chocolat de ménage. [Selon l'album des Célébrités industrielles c'est en 1863 que l'usine Menier se consacrera exclusivement à la fabrication au chocolat. Ce même album précise que le moulin possède 4 piliers munis de 3 turbines à hélices. ndl]

Farouche défenseur du libre échange, Menier s'active à démontrer par de nombreux écrits, les mérites d'une circulation sans entrave des matières premières. Il combat de manière acharnée « l'octroi », cet impôt indirect perçu par les municipalités à l'entrée sur leur territoire et les frais de douane écrasant, freinant toute activité internationale. Mais en 1860, l'abaissement de ces derniers invite Ménier à réfléchir à la manière d'acquérir son indépendance pour l’approvisionnement de son usine de Noisiel en cacao mais également en sucre.

La matière première arrivera donc essentiellement des nouvelles acquisitions en terre américaine et plus précisément du Nicaragua où Emile-Justin Ménier détiendra pendant quelques temps plusieurs plantations de cacaoyères. Le cacao arrive dans des sacs de 80kg et pénètre l'usine par le couloir de service [B] équipé d'un chemin de fer distribuant toutes les zones d'activités de la chocolaterie. La matière étrangère contenue dans chaque arrivage est évaluée à 5%. Nous y trouvons des morceaux de bois, des insectes, des pierres mais également des petits mammifères.

Un premier tri est effectué dans 2 époudreurs [D]. Les fèves de cacao sortent des époudreurs débarrassées de leurs impuretés et sont envoyées par monte-charge [E] à l'étage où des ouvrières vérifient la parfaite qualité du produit en agissant non plus sur les éléments étrangers mais sur les fèves en évinçant les amandes de qualité moyenne ou détériorées non conformes aux exigences très élevées de la maison. Le cacao est prêt à rejoindre les brûloirs de fabrication Imbert [C]. D'une longueur de 44 mètres pour une largeur de 11 mètres, ils culminent à 7,60 mètres de haut. Dans une série de 24 tubes circulent les fèves soumises à la chaleur des fourneaux situés en dessous. Le cacao ainsi torréfié est laissé un moment à ressuer ; il est ensuite envoyé au « décortiqueur–concasseur » situé au même endroit [C]. L'opération consiste à séparer la coque de son amande et d'envoyer cette dernière au concassage. Le décorticage terminé [E] et l'amande concassée, celle-ci maintenant fragmentée est une nouvelle fois triée à la main et envoyée au broyage situé dans le moulin [X].

Le moulin  Bonneau de 1852
Le moulin édifié par Jules Bonneau en 1852,
équipé de turbines Girard

Par étapes et étages successifs, l'amande émiettée est réduite en pâte et mélangée au sucre. Ce mélange final aura nécessité pas moins de 11 moulins, 33 broyeurs, 4 mélangeurs. A l'aide de wagons sillonnant l'ensemble du site [B], la pâte est envoyée aux étuves [O], une chaleur constante de 30 ° maintient le produit malléable. Elle peut ainsi attendre le passage à la pesée et au remplissage des moules en fer blanc dans l'atelier de dressage [N]. Les moules demi-cylindriques portant la marque Menier sont ensuite exposés aux vibrations des tapoteuses, le but de l'opération est de rendre la surface lisse et d'évacuer les dernières bulles d'air emprisonnées. L' atelier de dressage [N] est composé de 3 malaxeurs, 3 peseurs mécaniques, 6 boudineuses et 24 tapoteuses. L'ensemble est réparti sur une longueur 52 mètres pour une largeur de 11 mètres.

Les wagonnets reprennent du service pour conduire les moules et leur contenu aux rafraîchissoirs se trouvant au sous-sol [Q, R]. Constitué par des plaques de marbre blanc largement ventilées, elles rafraîchissent les moules déposés. Après 3 heures, les tablettes sont extraites et envoyées à l’étape suivante. Les tablettes sont livrées aux mains expertes des ouvrières dans l'atelier de pliage se trouvant au dessus des étuves [O] et de l'entrée du couloir de service [B]. Recouverte d'une feuille d'étain et de 2 feuilles de papier portant la marque de fabrication et les signatures, les tablettes sont dirigées vers l'emballage et l'expédition se trouvant au dessus des rafraîchissoirs.

Le moulin Saulnier de 1872
Le moulin édifié par Jules Saulnier en 1872

L'organisation dont dispose Émile-Justin Menier en 1869 est très largement plébiscité par les membres de la "société d'encouragement pour l'industrie nationale". L'organisation spatiale est remarquable mais elle est en-deçà de celle qui sera déployée après la guerre de 1870. Émile-Justin Menier fera appel aux services de Jules Saulnier pour repenser l’architecture de la force motrice du site incarnée par la pièce centrale du complexe; le Moulin. Celui-ci incarnera par son faste, la période la plus novatrice de l’entreprise. De par son agrandissement consécutif à la réalisation d’un nouveau pilier, il symbolisera la toute nouvelle puissance énergétique et commerciale de la maison Menier.

Alain Lateb

Source : Bulletin de la société d'encouragement pour l'industrie nationale 1869

LA CHOCOLATERIE MENIER DE 1869

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