LE THÉÂTRE MENIER OU LA PUBLICITÉ A L'ÉCOLE

Petit théâtre aux décors interchangeables édité par le service psycho pédagogique du chocolat Menier en 1963. Cette initiative est destinée, non pas aux enfants dans leur environnement familiale, mais à l'institution scolaire afin d'apporter une réponse ludique sans négliger le caractère commerciale. Comme l'indique la brochure Menier remise aux enseignants, "Les entreprises ont pris conscience qu'il existe des générations à former pour le plus grand bénéfice des entreprises. Que l'enfant intéresse directement les grandes marques et que celles-ci débloquent d'importants crédits à sont éducation."

L'ENFANT EST UN ÊTRE A PART

La segmentation marchande, ou comment diviser pour multiplier les bénéfices, est en place ; nourrisson, petite enfance, préadolescence, adolescence, termes qui jalonneront désormais la croissance de l’enfant aussi bien que la croissance des ventes. Dans un grand nombre de civilisation, le passage de l’enfance à l’âge adulte se résumait à des rites initiatiques , païens ou religieux. Quelques épreuves physiques se terminant généralement par une célébration festive, et l’enfant devenait un homme au sein de sa communauté. Mais les années d’après guerre ou libéralisme et progrès, vainqueurs idéologiques, font bon ménage, la publicité va jouer un rôle fondamental dans l’avènement de individualisme indispensable à la résurgence de l'économique européenne.Surfant sur les théories de psychologues connues tels qu’Émile Durkheim, Jean Piaget, Menier introduit le rôle prépondérant que doivent jouer les professionnels (aux intérêts multiples) dans le milieu scolaire en appui des parents et des éducateurs. L’enfant est donc un être à part, curieux, malléable.

"C’est donc à ce moment que la pédagogie doit jouer son rôle d’informatrice dans les domaines de la connaissance mais aussi et surtout celle d’orientatrice dans le cadre de la mentalité de la Société". "Nous vivons actuellement dans le cadre d'une société complexe, hautement industrialisée et perpétuellement en quête de nouveaux débouchés commerciaux. L'enfant, devenu de nos jours consommateur à titre propre, devait nécessairement intéresser un certain nombre de firmes. De nombreuses personnes s'émurent de ce que les techniques publicitaires, jusqu'alors essentiellement appliquées aux adultes, se soient tournées, sur la demande de ces entreprises, vers l'enfant. Ne serait-ce point là une véritable tentative de conditionnement mental qui s'avérerait bien souvent dangereux? Les parents, les éducateurs et de nombreux psychologues se posèrent la question et étudièrent le problème avec le plus grand soin."

L'ENFANT LA PÉDAGOGIE ET LE JEU

"L’enfant n’est pas non plus un adulte en réduction, il faut lui faire un monde à sa mesure sans quoi il se perd, confond les problèmes et souffre de découvrir un monde auquel il a l’impression qu’il ne pourra jamais s’adapter ni collaborer. L’une des tendances les plus caractéristiques de l’enfant est l’activité ludique. L’enfant joue, on a cru bien longtemps qu’il ne jouait que pour se distraire, ou pour dépenser un surcroît d’activité, mais suivant la théorie de Karl Groos en 1896, le jeu est un stade indispensable à la formation et qu’en faisant appel à cette tendance, il est possible d’obtenir de bien meilleures résultats que sous la contrainte"."Tenter l’enfant, l’attirer avec des arguments à sa mesure et inclure un enseignement dans ce que l’enfant considère être un amusement sans pour autant contrarier l’apprentissage par l’effort. La pédagogie fait appel aujourd’hui aux techniques les plus modernes et personne ne met en doute les mérites de la psychologie enfantine. Délaissant les antiques recettes d’enseignement, les éducateurs et de nombreux psychologues ont étudiés ensemble ces problèmes, et la psychologie a sérieusement infléchi la pédagogie dans le sens d’une plus grande recherche de la compréhension de l’enfant par l’adulte. L’art d’enseigner reposant sur la psychologie des conduites sociales, on a vu des tentatives se faire jour dans ce sens pour adapter l’enseignement à l’enfant". La publicité, fait éminemment social, touche au domaine de l’enfant réservé jusqu’alors aux parents et aux pédagogues. Voyons quels rapports ont pu se créer entre l’éducation et la publicité".

Menier offre à tous les enfant un théâtre miniature, en découpages, avec décors amovibles, à l’échelle des figurines. L’enfant devient un véritable petit metteur en scène, il fait jouer ses personnages. Avec ses amis il crée d’excellentes petites pièces, telles que « Charlemagne et ses pairs ». En trois heures d’expression libre, les élèves ont entièrement imaginé le scénario, choisi les personnages, monté le théâtre et ses décors. Avec fougue et enthousiasme, elles ont mélangé cinéma et théâtre pour arriver au fameux « Silence, on tourne ! ».

 

"La publicité né dans le domaine commercial de l’industrialisation toujours croissante a pour but, nous le savons, l’information du public mais elle exerce une action à caractère psychologique dans une but de vente. Le développement de la publicité s’explique par l’énorme accroissement de la vie économique dans une société complexe. Il fut en effet nécessaire de trouver certaine formules pour remplacer en partie l’influence personnelle du vendeur qui à une échelle importante ne s’avérait plus possible. La publicité offrait le moyen de remplacer la présence par l’action. Il fallait agir à distance sur une clientèles anonyme et diverse en tenant compte de tous les types de population sans en excepter aucun. L’enfant se trouvant engagé à sont tour dans un cycle économique à titre personnel, se vit soumis à l’action publicitaire. Pour toutes les raisons que nous avons définies plus haut, il n’était pas possible d’appliquer à l’enfant des techniques qu’il ne pouvait comprendre et qui pouvaient s’avérer extrêmement nocive au niveau de son intellect et de sa sensibilité."

Il faut adapter à chacun le langage qu’il est à même de comprendre, de là devait découler la recherche d’une adaptation des moyens de la publicité destinée à l’enfant.

"Certaines grandes firmes et certains publicitaires, conscients de la nature extrêmement particulière des jeunes se posèrent la question de savoir s’il ne pourrait pas exister un type de publicité satisfaisant les intérêts propres de l’enfant en même temps que les intérêts commerciaux. Très rapidement ces idées prirent corps et l’enfant se trouva être l’objet d’actions publicitaires, mais étudiées par des professionnels des questions enfantines, psychologues, pédagogues et parents. L’activité ludique constitue un terrain particulièrement approprié. Psychologues et publicitaires offrent maintenant à l’enfant un matériel pédagogique lui permettant de s’instruire mais aussi de jouer et donc de se former à sa vie future. Ce système, appliqué par quelques grandes marques a obtenu l’adhésion tant des parents que des éducateurs. Il présente en effet, des avantages certains : tout d’abord le danger que représente une action publicitaire de type adulte est écarté.

LA PUBLICITÉ SE CIVILISERAIT T'ELLE?

"Vendre et vendre encore ! Pour en arriver là, combien de marques nous harcèlent, nous poursuivent inlassablement en recherchant perpétuellement de nouvelles idées, de nouvelles astuces pour nous aider dans notre choix…. Pour vendre encore plus, elle ont même mis l’enfant dans le jeu. Alors là on cria au danger ! Et surprise, de très grandes marques étrangères à toute pédagogie ont écouté les mises en garde des milieux éducatifs, ont accepté un contrôle de commissions pédagogiques, ont confié l’étude de leurs campagnes à des services spécialisés. Une charte de la publicité destinée à l’enfant à même été adoptée par la Fédération Française de la Publicité. C’est vous dire le sérieux avec lequel les publicitaires, que nous regardons parfois avec suspicion ont traité l’enfant. Pour traiter ces nouveaux problèmes, la pédagogie ne s’improvise pas ! La publicité a du mettre au point une nouvelle organisation, des agences spécialisées dans cette technique de publicité auprès des enfants sont nées. Elles recrutent leurs rédacteurs, leurs concepteurs, (leur directeur même ! ) dans les milieux de l’Éducation Nationale ou des mouvements de jeunesse. Ces agences sont donc au fait de tous les problèmes de l’éducation et si les campagnes qu’elles mettent au point doivent évidemment vendre, elles restent toujours éducatives.

Des commissions pédagogiques extérieures à ces agences surveillent leur activité, toutes les campagnes sont étudiées dans leur moindre détail et subissent un ultime contrôle par les comités de rédaction des journaux pour enfants. Ainsi conçue, la publicité auprès des enfants devient donc une véritable moyen d’information et d’éducation active. En quelques semaines, la publicité lance un nom, une marque. En quelques jours, elle nous fait prendre conscience d’un problème d’actualité. Elle éduque, oui ! Elle éduque, quand la ligne antialcoolique lance une campagne pour les sodas, quand la FAO déclenche une campagne contre la faim dans le monde, quand la prévention routière avertit les enfants des dangers de la route. Certes tout n’est pas encore parfait, mais ces actions ont permis à la publicité de conquérir ses lettres de noblesses. Du stade de la réclame la voici qui passe peu à peu à une conception plus haute de son rôle. L’outil est neuf, bien affûté. Il doit être manié avec prudence par des techniciens chevronnés. Ces techniciens ? La publicité les possède : concepteurs, sociologues, et depuis quatre ans, pédagogues. L’évolution se fait lentement : les visières, les casquettes, les miniatures, par exemple sont toujours très populaires auprès des enfants, mais de plus en plus, les marques réétudient leurs cadeaux publicitaires pour en faire un véritable matériel pédagogique. Serions nous au seuil d’une ère nouvelle ? Pouvons nous enfin envisager une collaboration avec la publicité ? "

LE THÉÂTRE A L'ÉCOLE

Enquête destinée aux membres du corps enseignant, sur les différents thèmes à éditer par les chocolats MENIER

Depuis de nombreuses années, beaucoup d’entre vous le savent, le chocolat MENIER s’est intéressé tout particulièrement aux questions posées par l’enfant face au problème de la connaissance. Question aiguë, cruciale et qui demande la recherche d’une solution rationnelle pour que la mentalité enfantine ne se trouve pas « déviée » par une irruption trop brutale des adultes dans son domaine propre. Une série d’articles que nous avons fait parait l’an dernier dans la presse pédagogique avait mis en lumière, d’une part les buts à définir puis à atteindre, d’autre part les études déjà réalisées pour y parvenir. L’intérêt suscité dans les milieux d’éducateurs fut alors considérable.

Les images historiques MENIER ainsi que le « Théâtre des écoles » éveillèrent dès leur lancement, votre attention et votre sympathie. Puis, par la suite, les milliers de lettres que nous avons reçues en font foi, s’établit un désir de collaboration plus étroite entre vous et nous, dans l’intention mutuelle d’améliorer les possibilités didactiques d’un tel matériel. C’est en effet par une recherche commune que nous arriverons à faire mieux encore. Dans notre désir constant d’adapter mieux que jamais nos créations aux besoins et aux préoccupations du corps enseignant, nous venons tout dernièrement, avec le concours d’un organisme spécialisé, d’effectuer une première enquête auprès de nombreux groupes d’enfants, afin de poser devant eux les problème des images.

De cette enquête nous avons pu tirer la conclusion de base suivante : en dehors des thèmes se rapportant à l’histoire seules, un certain nombre d’autres matières du programme nécessiteraient la création d’images appropriées. Mais nous ne voulons rien faire dans ce sens avant d’avoir pris votre avis, et c’est bien naturel, puisque c’est vous qui êtes chargés d’éveiller les enfants à la connaissance et qui, vivant sans cesse au milieu d’eux savez mieux que personne ce qui leur convient ! Nous vous remettons donc trois questionnaires sur le sujet en cause, ce sont vos réponses qui après dépouillement et cumul, dicteront notre future politique d’édition d’images. Et dans la seconde partie de l’année, des articles passeront dans les journaux pédagogiques pour vous tenir au courant du résultat de nos efforts communs.

Bien entendu nous ne pourrons, en même temps, traiter en images tous les sujets retenus, d’autres suivront dans nos éditions à venir et certains des premiers seront continués. Pour vous donner une idée de l’ampleur de notre rayonnement nous comptons sortir annuellement et à raison de près de cent millions d’exemplaires répartis, après mélange mécanique dans nos produits, cent images différentes toutes diffusées en même temps et portant sur cinq ou six thèmes choisis d’après vos suffrages (Les images se trouvaient dans les tablettes MENIER. On peut également supposer que des planches furent distribuées auprès des écoles comme laissent supposer les planches que l’on peut trouver sur les différents sites de ventes .ndlr). Or le chocolat MENIER ne voudrait et ne pourrait mettre en oeuvre, à l’aveuglette, un aussi vaste plan. Vous avez une connaissance approfondis de l’enfant, de sa mentalité, de ce qui peut lui être le plus utile. Votre opinion nous sera donc précieuse, pour ne pas dire indispensable.

Après avoir envisagé diverses manières de vous le présenter, nous croyons préférable en définitive, afin de vous laisser une liberté de chois totale, de n’y inscrire à l’avance aucun thème d’images tout en vous proposant ci-après une liste indicative uniquement destinée à centrer votre réflexion. Il nous est apparu en effet que certains sujets qui auraient pu, à première vue, nous sembler dignes d’intérêts, sont déjà l’objet d’éditions du commerce que les enfants peuvent aisément se procurer pour les coller dans leurs cahiers. Au contraire, d’autres matières du programme, moins évidentes de prime abord, seront peut être susceptibles de retenir votre attention, n’ayant jamais été illustrées. D’autre part, la liste que nous vous proposons n’est aucunement limitative et vous pourrez, tout à loisir, la compléter par d’autres propositions. Une question nous préoccupe également, sur laquelle par le choix éventuel de certains sujets appropriés, nous aimerions connaître votre sentiment. Nous avons constaté, en analysant nos très nombreuses demandes de théâtres (la collection des images en découlait jusqu’ici en grande partie), que les enfant intéressés se situent en majorité entre les âges de 9 à 12 ans. Ne vous semblerait ’il pas opportun de penser également aux plus jeunes et peut être aussi aux plus grands ?( prolongation de la scolarité). Si vous êtes de cet avis le choix par vous de quelques sujets adéquats pourrait combler cette lacune. Là encore nous nous en remettons à votre sagacité, à votre expérience du monde des jeunes.

Une série d’images, dont nous serions disposés à poursuivre plus tard l’édition, nous semble par ailleurs mériter une attention particulière, comme devant être susceptible d’être fort bien accueillie à l’école. Il s’agissait de figurines que nous pensons créer avec l’aide du patronage de la prévention routière et que auraient trait à l’enseignement du code de la route récemment ajouté à vos programmes. Il va de soit que tous les sujets retenus devront concerner indifféremment garçons et filles ou spécifiquement les uns ou les autres. A noter que nos images seront tirées en quadrichromie dans le format de 58X80 mm.

Merci d’avance pour les conseils que vous nous donnez dans l’intérêt général. Notre but essentiel est et sera de vous aider dans votre enseignement en étoffant votre documentation.

Liste:
Astronomie/ Bricolage/ Enseignement ménager/ Folklore régionalisme/ Géographie/ Histoire ancienne/ Histoire du costume/ Histoire générale/ Histoire de la locomotion/ Hygiène/ Illustration de recueils de poésie/ Instruction civique/ Jeux collectifs et individuels/ Langues étrangères/ Navigation/ Prévention routière/ Sciences naturelles/ Secourisme/ Sports/ Technologie.

 

 

Saga Menier