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PRINCE DE GALLES EN FORET DE VILLERS COTTERETS

PAR ANDRÉ DE FOUQUIÈRES.

A titre historique et anecdotique, je dois mentionner le dîner, suivi de réception restreinte, qu'ont donné l'ambassadeur de Grande-Bretagne et la marquise de Crewe, en l'honneur de S. A. R. le Prince de Galles, venu incognito à Paris sous le nom de " Comte de Chester ". En raison même de cet incognito, la réception revêtait un caractère privé, ce qui ajoutait encore à son élégance.


Comme son auguste grand-père, le Roi Edouard VII, dont le souvenir nous est cher, le prince héritier d'Angleterre aime Paris. Son surnom de "Prince Charmant " lui est une preuve de notre affection et des grandes choses qu'il peut accomplir pour assurer notre union. Il a toujours ce même air de jeunesse que je lui connaissais, lors de sa visite, il y a quelques années, au château de Dampierre, chez le duc de Luynes : blond, frais, les yeux clairs, il portait à l'ambassade avec un naturel infini, sur son habit noir, le grand cordon de la Légion d'honneur, inspiré par une délicate pensée, tandis que le marquis de Crewe portait l'ordre de la Jarretière; et n'est-ce pas là, un échange de politesses ?


Tous les invités portaient ce soir-là leurs décorations en brochettes, selon l'usage des cours et des galas, ce qui donnait à cette fête un éclat particulier. L'élégance de la mise du Prince de Galles est faite de simplicité et de naturel ; c'est parfait, et pourtant il n'y a aucune recherche, aucun désir de frapper ou d'étonner. Si l'on ignorait qu'il fut Prince de Galles, on dirait : "c'est un vrai gentleman ". Cette façon d'être entre les deux extrêmes est l'indice d'une véritable élégance ; elle contraste avec ceux dont le costume est excessif par sa coupe et sa couleur. Ceux-là soignent la forme, car souvent,-ils ont une médiocre naissance, et c'est leur excuse.


Le Prince de Galles, Gaston, Claude, Georges Menier

Le Prince de Galles était, venu à Paris pour la dernière fois en 1918, avec son frère, le duc d'York, et je crois savoir que le comte de Chester a trouvé à Paris son même air souriant et hospitalier. On sait que l'hôtel de l'Ambassade d'Angleterre fut jadis l'hôtel du duc. de Charost. Construit en 1720, par Mazin, il resta dans la famille de Charost de 1720 à 1800. Pauline Bonaparte l'acquit en 1803; l'Empereur d'Autriche y logea en 1814. Et en 1815, Pauline, qui était devenue princesse Borghèse, dut le céder au gouvernement anglais, qui en fit son ambassade en 1825. La Reine Victoria y descendit en 1867 et le Roi Edouard VII y fit de nombreux séjours.

Nous aimons ce Prince de Galles parce qu'il est un sportif, amateur de tennis, de golf, d'automobile, de danse, de chasse. Aussi n'avons-nous pas été surpris de voir qu'il avait accepté de chasser à courre en forêt de Villers-Cotterets, là où il s'était battu lui-même quelques années auparavant. Tandis que les membres de l'équipage de M. Gaston Menier, le grand industriel, portaient une tenue à la française, rouge, aux galons de vénerie, gilet rouge, culotte de velours bleu, des bas blancs et des bottes de vénerie, le Prince de Galles portait un costume beige et un melon. Après deux heures et demie de chasse, la prise d'un cerf couronna avec éclat cette journée mémorable. Les honneurs du pied furent au comte de Chester ; c'eût été plus fastueux et plus grandiose encore s'il eût été ce jour-là le Prince de Galles.

A ce propos, il est plaisant de rappeler les usages et l'origine des honneurs du pied. Pendant la curée, le premier piqueur va offrir, à la personne désignée par son maître, le pied droit de devant, qu'il a désarticulé, et dont il a tressé la peau depuis le genou jusqu'à l'articulation du boulet. Sa cape lui fait l'office de plateau. Il peut aussi le présenter de la main droite, en tenant sa cape abaissée de la main gauche. On sonne alors les honneurs. Oh fait habituellement les honneurs du pied à une dame ou à un invité d'importance. Si un maître d'équipage est étranger à la chasse, surtout s'il porte le gilet de sa tenue, les " honneurs " seront pour lui. Il est alors en quelque sorte à titre officiel ; il prime tout le monde. Ils ne peuvent être faits deux fois à la même personne dans une saison de chasse ; jamais non plus à quelqu'un ayant, ne fut-ce qu'une fois, découplé des chiens à lui avec la meute. Il est considéré comme de la maison et passe en dernier.

Là où l'on a l'habitude de donner deux pieds, le pied gauche ne se donne qu'à un jeune homme, rarement à une femme. Celui qui est l'objet de cette attention flatteuse doit aller immédiatement remercier le maître d'équipage et se montrer généreux envers le piqueur, selon les usages établis dans l'équipage. Après la curée, et avant de se séparer, on sonne l'adieu des maîtres ". La remise du pied est une coutume remontant à Saint-Louis.

Le monarque accorda les premières permissions de chasse : à titre de redevance, les permissionnaires étaient tenus d'abandonner aux seigneurs sur les terres desquels ils chassaient un cuissot de l'animal qu'ils avaient pris. Dans la suite, on les obligea seulement à offrir le pied. Il s'agissait alors du paiement d'une dette ; aujourd'hui, ce n'est plus qu'un hommage. Et cet hommage était bien dû au Prince de Galles, dont la rayonnante jeunesse, la joie de vivre et la charmante simplicité ont conquis le cœur de Paris.

 

Foret de Villers Cotterets - S.A.R. Le Prince de Galles (Edward WIII) assistant à la Curée à Walligny

 

 

 

 

 

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