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Les Plantations de cacaoyères
Les deux tracés du Canal

 

 Le Vallé-Menier

Dans la revue "les Nouvelles annales des voyages, de la géographie et de l'histoire" datant de 1827, les auteurs affirmaient qu'aucun obstacle naturel ne pouvait contrarier la réalisation d'un canal océanique entre les plantations de cacao du Nicaragua, cacao qui déjà en 1706 était considéré comme le meilleur du monde. Cet état de fait ne pouvait qu'attirer les convoitises du puissant voisin du nord. Et en 1860, les idées se précisent quant à la finalité de la production du cacao d'Amérique centrale. Dans leur revue "Orientale et américaine", Léon Louis Lucien Prunol de Rosny écrivent : "Le cacao du Nicaragua qui était réservé à la couronne d'Espagne est le premier au monde, la consommation qui s'en fait chez les indigènes en élève le prix à un taux qui décourage l'exploitation. Mais ce produit vient si facilement du sol dont il est aborigène que le commerce y trouvera, dès qu'on le voudra, un des éléments les plus importants de transactions".

Le Nicaragua est séparé des État-Unis par le Salvador, le Honduras et le Guatemala. Ces trois pays sont également sous l'influence au nord du Mexique, en perpétuel dépeçage de la part des États-Unis. C'est dans ce climat qu'en 1844 les états d'Amérique centrale envoyèrent M. Castellon, en qualité de ministre plénipotentiaire, auprès de Louis-Philippe avec mission de réclamer pour ces États la protection du gouvernement français et d'offrir en retour de grands avantages commerciaux à la France. Cette demande fut rejetée par la France. M. Castellon sollicita la permission de visiter Louis Napoléon Bonaparte prisonnier au fort de Ham, qui avait en 1842 été approché par des personnes importantes d'Amérique latines pour lui avoir proposé d'étudier le projet d'une jonction entre les deux océans. L'entrevue avait permis à M. Castellon de constater que le Prince avait une parfaite connaissance du dossier. Durant son emprisonnement Louis Napoléon enverra quelques notes à l'attention de M. Castellon.

Indien épluchant la cabosse

Le 25 mai 1946 Louis Napoléon s'échappe du fort de Ham et rejoint l'Angleterre. Il reçoit dans le même temps du ministre des affaires étrangères du Nicaragua, les pouvoirs pour créer et organiser une société européenne. Il apprit également que le gouvernement du Nicaragua avait décidé de baptiser l'ouvrage du nom de "Canal Napoléon du Nicaragua".

Louis Napoléon profite de son séjour en Angleterre pour mettre noir sur blanc son projet concernant le percement du canal du Nicaragua. Il écrit en 1846 : "Il existe dans le nouveau monde un pays admirable, et nous devons ajouté, jusqu'à ce jour aussi inutilement occupé, c'est l'état du Nicaragua.../..." L'Angleterre ne peut que se réjouir de voir l'Amérique centrale devenir un État florissant et considérable qui rétablira l'équilibre du pouvoir en créant un nouveau centre d'activités industrielles assez puissant pour faire naître un grand sentiment de nationalité et pour empécher, en soutenant le Mexique, de nouveaux empiétements du côté du nord."

C'est durant son séjour en Angleterre que Louis Napoléon se convertira au "free trade". La libre concurrence est à ses yeux un stimulant économique qui ne peut que doper un marché assoupi à ce jour en France par les barrières douanières. C'est également un sentiment qu'Emile-Justin Menier partagera à son heure concernant la libéralisation du marché des matières premières telles que le cacao et le sucre. Mais en 1846, la France n'est pas prête et sa grande rivale reste l'Angleterre. En 1852, une visite de Louis Napoléon à Jean Antoine Brutus Menier dans son nouveau siège parisien couronne un travail exemplaire et une fidélité sans faille à sa Majesté Louis Napoléon. Mais c'est également une passation de pouvoir entre un père et son fils Emile-Justin qui mettra en application toutes les innovations sociales et économiques que Louis Napoléon Bonaparte se chargera de diffuser dans tous les domaines de la société. Pas un secteur n'échappera au modernisme de Louis Napoléon Bonaparte et Emile-Justin Menier saura tirer tous les bénéfices de cette libéralisation dont il partage, il est vrai, les idées pendant un moment.

Ceuillette des cabosses

En 1860, Emile-Justin Menier cherche son autonomie pour ses approvisionnements en sucre et cacao. Il fait construire un Brick de 154 tonneaux baptisé "Noisiel" par l'armateur Crouant de Nantes ; ce sera le premier d'une longue série. Dans le même temps, la situation devient préoccupante en Amérique latine. Le Mexique abrite une colonie importante d'anglais, d'espagnols et de français se livrant au négoce et qui régulièrement subissent des extorsions, des pillages et des viols. Les mexicains eux-mêmes appellent de leurs voeux une intervention étrangère. Avec un Mexique endetté au régime instable et des États-Unis en guerre civile, la situation était propice à une intervention commune entre les anglais, les espagnols, les belges, les égyptiens et les français. Son rêve : créer un grand Empire latin aux portes de l'Amérique anglo-saxonne. L'intervention aura lieu en 1861.

C'est dans ce climat international mouvementé, avec une France devenue en quelques années une puissance économique et industrielle de tout premier plan qu'Emile-Justin Menier débarque au Nicaragua en 1862. Il n'arrive pas dans un esprit de conquête, mais à l'instar de Louis Napoléon Bonaparte pour diffuser l'ordre, le progrès social et technique, la reconnaissance des nationalités et l'expression populaire, l'ensemble n'étant pas très éloigné de ses convictions, de ses intérêts personnels et industriels.

Finca Menier

Menier s'installe à une vingtaine de kilomètres de la côte Sud-ouest du lac Nicaragua et à soixante kilomètres du Pacifique, non loin du tracé qui à ce jour reste le plus probable. L'endroit s'appellera
"Valle-Ménier". Le bourg le plus proche est Nandaïme et la ville Grenada. Les cacaoyères se trouvent entre le Rio Rochomogo et son affluent le Rio Médina. 15 à 25 000 plants sont irrigués par un système de canaux et de vannes. Le sol est d'une grande fertilité, mais livré à lui-même. C'est M. Schiffman qui est le maître-d'oeuvre sur ces terres hostiles. Ancien employé de la maison Menier, il applique toutes les techniques de pointe éprouvées sur le sol français, en Seine-et-Marne par exemple, concernant la pulvérisation des engrais, méthode que l'on retrouvera dans un mémoire d'Emile-Justin Menier en 1875.


Il recrute la main-d'oeuvre locale pour l'édification des bâtiments de travail, de restauration et de vie ainsi que pour la culture et la récolte du cacao. Mais l'autochtone n'est pas sensible à cette valorisation scientifique de son territoire, plus habitué à vagabonder dans la forêt et à se retrouver le dimanche sous l'emprise de l'alcool et du jeu, suivant les dires de M. Schiffman dans ces compte rendus. Il faut croire que la politique salariale en vigueur à la finca Menier était propice à une élévation du niveau de vie des employés de la ferme, les salaires étant égaux ou supérieurs à ceux que touchaient les ouvrières de la chocolaterie de Noisiel. La nourriture et le logement faisait également partie des avantages. Cette situation faisait de cette entreprise Menier un modèle pour l'ensemble de la région et au-delà. Le Président de la République Fruto Chamoro, propriétaire de la finca "La Mercèdes", est venu féliciter Menier pour les retombées économiques et sociales de son aventure en terre sud américaine. L'exposition Universelle de 1867 viendra également couronner cette initiative positive.
Une nouvelle entreprise vit le jour non loin de là à "San Emilio" en 1865, installée sur des terres vierges ; le projet prévoyait un repiquage de 80 à 900 000 arbres.

Séchage de cacao

Si Menier reste fidèle à ses idéaux, il n'en demeure pas moins vrai que son implantation géographique au Nicaragua reste liée au tracé du futur canal inter-océanique ; le combat diplomatique reste permanent. Jusqu'en 1875, Menier joua de son influence auprès de divers membres du comité scientifique pour une adoption finale du tracé nicaraguayen. Il soutenait le projet américain dont il admirait également le régime démocratique. Il invita même le Président américain Grant à venir faire une visite à Noisiel en 1877.

A partir de 1875, ce qui semblait pouvoir se concrétiser fit l'objet d'une concurrence directe avec un acteur venant du continent africain tout auréolé par sa grande victoire contre les éléments naturels en Égypte : son nom, Ferdinand de Lesseps, son oeuvre, la construction du canal de Suez. Monumentale victoire qui attisa l'appétit de cet architecte de talent pour entreprendre la traversée entre les deus océans.

Le problème étant que le projet de Ferdinand de Lesseps ne correspondait pas aux espérances de Menier et des américains. Ce nouveau tracé passait par Panama et était soutenu par les Français. Louis Napoléon étant mort en 1872, un autre Bonaparte, Wyse, alla négocié en 1876 avec le gouvernement de Colombie la concession du canal pour 99 ans. Malgré une expérience calamiteuse de construction de voie ferrée sur des terres hostiles et insalubres, un climat favorable aux maladies de toutes sortes, sans compter le coût de réalisation bien supérieur à celui du Nicaragua (1 milliard au lieu de 700 millions pour l'étude initiale), le projet fut adopté en 1879. C'est en janvier 1880 que le premier coup de pioche fut donné à Panama par Ferdinand de Lesseps.

Alain Lateb

Calebasse

Documents de référence :
Louis Napoléon le Grand - de Philippe Séguin
Les grandes usines - de Turgan
Panama - de Bruno Weil

 

LA FINCA MENIER AU NICARAGUA

 


 

 

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